dimanche 23 décembre 2012

Des têtes au bout des piques

Ca vous intéresse vous les agitations pamphlétaires et indignées du milieu du show-bizz qui font suite à l'affaire Depardieu et à la diatribe de Torreton ?

Moi assez peu en fin de compte. Si le comportement de l'autre gros tas est déplorable et que j'ai trouvé le texte de Torreton plutôt bien senti (quoiqu'on pense de son auteur), ça s'arrête là. On a peut être d'autres chats à fouetter que de s'inquiéter des états d'âme du monde du spectacle.

Que ce petit milieu, qui n'existe que par la culture de l'entre-soi et de l'indécent spectacle que représente la starisation à outrance, livre le contenu de ses déchirements politiques n'est pas plus original que s'il s'agissait des marins pêcheurs. Il est juste plus médiatisé car on ne refuse pas une tribune ou une caméra à un Torreton ou une Deneuve. C'est tout. Et ça ne leur donne pas regard plus pertinent ou plus intelligent sur le monde. Peut être même au contraire. Regard sur leur monde en tout cas peut être davantage, encore que la spécificité de ce milieu ( et de ceux qui font profession de l'intellect et du culturel en général ) est de s'inventer des fractures et des ruptures irréconciliables, sans doute pour conjurer la culpabilité, le profond ennui et le profond dégoût que doit engendrer la pratique d'une sociabilité à ce point endogame, à ce point redondante. Futile dans sa prétention.

Guerre civile a-t-on dit. Oui, n'en faisons pas trop non plus. On mettra sur le compte de leur sens de la dramaturgie l'emploi des mots qui font peur. On ne saurait toutefois les dispenser d'un examen critique sur leur propre position et sur leur responsabilité. Après tout, au même titre que les journalistes et les universitaires, les acteurs, comédiens et chanteurs se retrouvent dans la position des leaders d'opinion et qu'à ce titre leur verbalisation est sujette à toutes les interprétations et récupérations possibles.
En tout cas la puérilité des remarques de quelques uns qui ont du mal à comprendre qu'on puisse reconnaître le talent d'un acteur sans pour autant cautionner ou applaudir les actes et pratiques de l'individu en dit assez long sur le manque total de recul de cette élite artistique qui, à l'instar de l'élite journalistique, politique ou économique, semble vivre dans une bulle, engoncée dans le complexe de sa centralité et de sa supériorité sociale.
En tout cas il est des sujets où ce petit monde se fait bien plus neutre, bien plus discret. Il y a des choses qui l'émeuvent davantage. Les yeux de chiens battus et le ton éploré d'un millionnaire obèse fuyant le fisc en s'installant en Belgique par exemple.

Qu'une Catherine Deneuve puisse énoncer des âneries est finalement compréhensible. Mais pas excusable. Quelqu'un qui a bâti une carrière sur des rôles de gourde, de femme au foyer, de femme fatale ou de grande bourgeoise n'a peut être pas eu le temps de lire des livres et de développer une intelligence critique plus aiguisée. "De quel droit, de quel souci démocratique semblez-vous animer votre vindicte salissante ?" "Qu’auriez vous fait en 1789, mon corps en tremble encore !"Démocratique, 1789" Que viennent faire ces mots et cette date formulées avec le ton qu'on emploie pour les grossièretés ? Je n'ai que trop peur de comprendre ce que l'on cherche à condamner, on croirait entendre Marie-Antoinette et ses histoires de brioche. Il n'y a qu'à voir l'allure de duchesse britannique dans laquelle se présente Deneuve pour comprendre quels intérêts elle défend. Mais la stupidité et l'inculture qu'aucun argent, aucun talent ni aucun prestige ne compensent, me semble des explications bien plus rationnelles. Notons qu'il est un temps ancien où acteur et actrice étaient synonymes de voyou et de pute. Il n'y a pas à le regretter, sinon que leur place acquise dans la hiérarchie sociale a peut être un peu réduit la pertinence de leur parole publique. On aimerait rappeler quelques faits à ces personnes qui vivent sous la perfusion de subventions publiques. Les miracles (fiscalement explicables) d'une politique culturelle et artistique rendent aussi grandement service à ceux qui font profession de divertir.

En revanche j'ai été davantage interpellé par l'intervention de Laurence Parisot, présidente du Medef, dans ce débat. Reprenant les termes de Deneuve elle a fustigé " un climat de guerre civile, qui s’apparente à 1789. »
On conseillera à la patronne des patrons d'ouvrir un livre d'histoire à l'occasion et de se mettre un peu au point sur l'histoire de la Révolution française.
Jusqu'à présent, à ce sujet, la droite libérale tenait à peu près le discours suivant: la révolution française a été une bonne chose...jusqu'en 1793 quand tout s'est mis à déraper par la radicalisation. En résumé, 1789 c'était bien mais 1793 c'était beaucoup trop.
Voilà qu'une nouvelle frontière est ici symboliquement franchi, qui donne raison aux quelques voix qui dès les années 90 dénonçaient les pierres de la réaction dnas le mur du révisionnisme historique de la Révolution. On commence à remettre en cause 93 c'est pour mieux s'attaquer aux fondements de 89.
Guerre civile ? Quelle guerre civile ? Il n'y a de "climat de guerre civile" qu'à partir du moment où l'Assemblée Nationale vote la nationalisation des biens du clergé et oblige les membres de celui ci à jurer fidélité à la Constitution. 1790 au mieux. Et encore. Pas avant que la guerre n'intervienne là dedans. 1789 n'est pas une partie de plaisir mais est ce moment curieux d'union de différentes forces qui renversent la monarchie absolue. L'abolition des privilèges est même votée par les députés nobles la nuit du 4 août.
Alors quoi ? Faut-il faire le procès de l'ignorance à Parisot ? Peut être. Mais il n'empêche pas l'opportunisme et tout ceci en dit très long sur le regard que ce monde là porte sur cet épisode fondateur qu'il voudrait finalement bien liquider des mémoires et du système de référence de la société française.
Parce qu'à parler de droits de l'homme et du citoyen et des privilèges on en viendrait vite à désigner les nouveaux privilégiés de notre temps, cette aristocratie, variable dans ses formes, mais qui n'a jamais réellement disparue et qui s'arc-boute et se rigidifie sur ses bases, qui pressure le peuple comme celle de l'Ancien Régime.

Les "éléments de langage" trahissent les volontés et les pensées coupables de ceux qui les prononcent. Que les privilégiés défendent leurs intérêts, cela n'est pas la question. Qu'ils commencent à le faire en dénonçant explicitement les pulsions démocratiques du bas peuple et en condamnant les velléitaires au nom d'une damnation historique rédhibitoire c'est en revanche un élément assez nouveau.

Mais au fond, ils ont sans doute raison. Leur haine n'est que de la trouille. Contrairement à ce qu'on a voulu nous faire croire 1789 ne s'est pas achevé, apaisé dans la symphonie joyeuse du bicentenaire.
1789 et ses suites sont toujours là car c'est toujours la même histoire que l'on rejoue. C'est d'autant plus clair ces derniers temps. La longue patience du peuple n'est pas l'apathie des décérébrés absorbés par le spectacle de ces Illustres. Ils le savent et ont peur pour leurs têtes.


mercredi 5 décembre 2012

Social-traitrise

Comment dire ?


Comment dire qu'ils ne nous désespèrent plus tellement on s'attendait même pas à ce qu'ils changent quoi que ce soit.

Depuis 6 mois à peine, il ne se passe pas une semaine sans qu'un renoncement, une ignominie, une lâcheté, une connerie supplémentaire nous enfouisse un peu plus à chaque fois la tête dans le sable dont sera fait le ciment du désastre à venir.


On fait encore mine de s'étonner. Mais y croyait-on encore ? Même pas. Cette "gauche" là ne l'est plus. Ou alors ne l'est plus comme on l'entendait jadis classiquement. Cette "gauche" là est le fruit d'une convergence d'intérêts ponctuelle et d'un gigantesque malentendu qui dure depuis au moins 20 ans.
Mais nous leurs ferons grâce de l'ensemble et nous contenterons de regarder l'oeuvre "socialiste" des derniers mois:

Se coucher devant un financier sans scrupules qui a bâti sa fortune en rachetant puis en revendant des industries dans le monde entier ? Combien de vies Mittal a démoli dans le monde entier ? Qui tient les comptes ?
Se coucher devant le Medef en revenant à toute vitesse sur une mesure fiscale touchant des spéculateurs financiers.
Se coucher devant le conservatisme et le patronat allemand qui voit l'Europe comme un IVe Reich économique en puissance.
Se coucher devant les exigences du patronat et de la logique libérale en acceptant la quasi totalité d'un rapport Gallois issu de la plus pure pensée patronale.
Se coucher devant la trouille d'une opinion qu'on imagine trop xénophobe et renoncer au droit de vote des étrangers.
Se torcher avec ses promesses et ses engagements sur la TVA quelques semaines seulement après avoir dénoncé les pratiques de la droite en la matière.
Se commettre dans les absurdités juridiques en introduisant d'illégales notions de conscience dans le droit au sujet du mariage homosexuel.
Se mettre dans la peau du flic en poursuivant les expulsions de Roms et de sans papiers.
Mépriser son électorat en réprimant avec violence les opposants à l'un des projets d'aménagement le plus controversé de ces dernières années.

J'en oublie sans doute. 7 mois de pouvoir. A peine.


De toute façon, partout en Europe c'est la prétendue gauche qui a toujours mieux fait le boulot du capitalisme. Relayée par des syndicats suivistes, intellectuellement corrompus et par des médias à la botte, empêtrés dans les accointances et les proximités sociales caractérisant une oligarchie en voie de sédimentation.
Cette gauche là n'est plus de gauche depuis des années. Elle ne l'est, timidement, que par opportunisme électoral. Mais l'origine intellectuelle de ces gens là, c'est l'éthique du renoncement et le social-libéralisme de Delors et de Rocard, depuis les origines. La traîtrise comme axe de travail.

Ayrault et Hollande, deux gueules de péteux enfermés dans leurs certitudes. Deux minables, deux "fins-de-régime", deux capitaines de Costa Concordia. Des gros nazes.

Moi je suis comme Ataru. J'en ai plein le cul. Marre d'expliquer, de débattre. L'analyse est faite. C'est des tirs d'artillerie qu'il faut leur envoyer dans la gueule. Putain, Staline, où sont tes chars ?où sont tes orgues ?

Sourde colère et sentiment d'impuissance se mêlent. Il n'y a que le fait qu'on s'y attendait qui soulage un peu. Rien à attendre, rien à espérer. Juste à vomir leur usurpation permanente : socialiste est devenu le synonyme de trous du cul. C'est d'une tristesse quand on pense à Jaurès, à Blum...Dire qu'ils appartenaient au même parti.

Mais bordel, on en vient à leur souhaiter le pire, que ce soit eux qui se prennent le retour du bâton dans la gueule. Et tant pis pour les conséquences. Ils ne défendent plus rien, ont renoncé à tout et le font toute honte bue. Cynisme affiché. Raison d'Etat et assurance que procurent le pouvoir et les certitudes des bourrins à oeillères. Il n'y a aucune intelligence là-dedans, aucun sens historique, aucun courage politique, aucune innovation intellectuelle, simplement la réactualisation d'un libéralisme qui a échoué partout où il a sévi mais n'en serait pas délégitimé pour autant. Il n'y a que le gouvernement de la trouille. L'empire d'un consensus introuvable et de l'imitation servile du modèle allemand qui nous massacre méthodiquement. La haine de la démocratie. La haine du peuple. La certitude que les miroirs de la cour des princes renvoient à ceux qui n'ont plus l'habitude d'être contredit ou déstabilisés. Ils seront les premiers à bord des canots de sauvetage quand le paquebot coulera. Et viendront pleurer leur pauvre sort ou l'incompréhension de leur naufrage. Tout était pourtant si simple.
 

mardi 4 décembre 2012

LA CATALOGNE EXPLIQUÉE AUX FRANÇAIS

L’exercice que je vais vous demander de faire est, je le crains, difficile pour des français. Des français qui, de plus, êtes pour beaucoup des profs de l’indivisible Education Nationale. Des français qui êtes le fruit d’une autre histoire, d’autres guerres et d’autres révolutions, qui vous mènent à bouffer du foie de canard malade. Mais moi,  courageux bouffeur de chorizo, je vais m’aventurer à défier les piliers de votre psyché collective.


Premier exercice, tentez d’imaginer que le catalan obligatoire pour tous à l’école, que l’enseignement prioritairement en catalan, est ce que vous appelez une mesure d’égalité républicaine. Partons d’une donnée sociolingüistique simple. En Catalogne, les riches parlent catalan, les pauvres espagnol. Quelqu’un qui n’aurait pas appris le catalan à l’école, serait condamné à vie à porter tatoué sur le front, à chaque entretien d’embauche, « Je suis un banlieusard plouc sans culture ». On connait déjà l’éventail de stratégies de domination culturelle développées par la bourgeoisie pour freiner l’ascenseur social. Ne rajoutons pas la langue, s’il vous plaît. Je ne compte pas le nombre de personnes de mon entourage, fils d’immigrants andalous, qui, comme vous, Mohamed, Jérôme, Damien, Azzedine, sont devenus profs ou ingénieurs et sont  sortis de la banlieue barcelonaise parce qu’on leur a donné les armes à l’école. Et parmi ces armes, la première c’est le catalan. Voulant en savoir plus, je leur ai demandé si, comme le raconte à longueur de journée la presse à Madrid, à grand renfort d’experts et de pédopsychologues, ils étaient traumatisés à vie qu’on les oblige à parler une langue qui n’était pas celle de leur parents. Je vous laisse deviner la réponse.


Deuxième exercice, tentez d’imaginer aussi que le catalan obligatoire pour tous à l’école, que l’enseignement prioritairement en catalan, n’est pas un facteur de crispation et de division, mais au contraire, la seule garantie de paix sociale. Parce qu’en se regardant dans plusieurs miroirs, on a décidé ne pas devenir comme le Pays Basque, l’Irlande du Nord, la Belgique ou le Quebec, pays qui pratiquent cette putain de liberté de choix à l’école. Le débat a été tranché en 1978. On ne veut pas deux communautés. On ne veut pas de catalanophones et d’hispanophones, allant dans des écoles communautaires, vivant dans des quartiers communautaires, mangeant de la bouffe communautaire et baisant dans des bordels communautaires. Donc catalan pour tous. Basta.


Or ce modèle éducatif qui nous a apporté paix et prospérité pendant trente ans, et qui fait l’objet d’un large consensus en Catalogne, est régulièrement la cible de tentatives de déstabilisation de la part de Madrid. A l’origine, un manifeste de l’Académie Espagnole expliquant que le castillan était en danger. Venant de la deuxième langue la plus parlée au monde, ça frôle l’insulte. Ensuite, une campagne de presse quasi quotidienne, « le drame de l’immersion linguistique en Catalogne » (sic), avec moultes récits d’enfants traumatisés. Dernier acte, la loi de réforme de l’éducation, la bombe lâchée hier par le ministre Wert.


Cette loi, c’est la réponse de Madrid aux deux millions de personnes défilant le 11 septembre dernier dans les rues de Barcelone pour l’indépendance.  C’est leur réponse aux élections de dimanche dernier. Pendant que le reste de la planète s’inquiétait, la presse à Madrid, dans un exercice de dénégation proche du délire névrotique, n’a su voir (ou n’a voulu voir) dans les résultats que le camouflet infligé au Président Mas, qui d’après eux, sonne le glas du projet de référendum d’indépendance. Peu importe que dans l’ensemble, les forces séparatistes progressent. Peu importe que des force plutôt neutres auparavant, comme les socialistes ou les verts, basculent petit à petit dans le camp du Oui à l’indépendance.  Ils ne comprendront jamais.


La réponse du ministre Wert, le coup de baguette magique qui résoudra la question catalane, c’est dynamiter le système éducatif catalan. C’est rendre le catalan optionnel à l’école, avec un statut inférieur à l’anglais et à la LV2. C’est obliger les communes qui ne peuvent pas assurer un enseignement en castillan aux enfants, à leur payer l’école privée.


Ce n’est même plus une provocation, c’est une déclaration de guerre. J’en ai marre d’être pédagogue. J’en ai marre de leur expliquer, gentiment, que non, on ne parle pas catalan juste pour les faire chier. Non, on ne demande pas des infrastructures dignes de la sixième ville européenne juste pour les faire chier (un aéroport international et faire arriver avant le TGV à Barcelone qu’à Calahorra de arriba serait une bonne idée). Non, notre seul but quand on se lève le matin ce n’est pas de faire chier. Je suis fatigué de m’auto-convaincre qu’une autre Espagne est possible, fédérale, solidaire, et fière de sa diversité culturelle. L’heure de la pédagogie est finie. Il y a des lignes rouges qu’on ne croise pas. Chaque fois qu’un politicien à Madrid ouvre la bouche, dix indépendantistes catalans naissent. Et aujourd’hui c’est moi qui, pour la première fois, crie ce mot : INDÉPENDANCE.  

mardi 27 novembre 2012

Whatever will be, will be...


Les dés étaient jetés. Les derniers sondages coïncidaient. Les experts pontifiaient à la télé. Les enjeux des élections de ce Dimanche au parlement catalan étaient clairs : savoir si la droite nationaliste catalane d’Artur Mas aurait oui ou non la majorité absolue « exceptionnelle » qu’elle réclamait et savoir qui d’entre les socialistes, la gauche indépendantiste et le Parti populaire occuperait la deuxième place. Bandant quoi.  

Après un sondage particulièrement généreux avec le parti du Très Honorable Président Mas (sic), qui le donnait à 45 %, je jette l’éponge, je maudis l’humanité et j’appelle mes amis pour organiser une grosse teuf à la maison la veille des élections. Objectif avoué, avoir une telle gueule de bois le lendemain que tout nous paraîtrait distant et sans conséquence. Objectif atteint. Certes, je ne suis toujours pas allé voter en rentrant d’after. La dernière fois, il y a tout juste un an, un reste de sentiment de blasphème m’avait arrêté à la porte du bureau de vote, craignant qu’avec mon haleine alcoolisée je n’attire les foudres du Dieu Démocratie. Cette fois, je suis décédé sur mon lit une petite heure avant l’ouverture. Mais peu importe, la violence de la note que les voisins ont accroché à notre porte le lendemain atteste que ce fût un énorme succès. Et j’ai un vague souvenir d’un groupe de personnes tentant de récupérer, sans y parvenir vu leur état, un portable qui était resté coincé dans la cuvette des WC.  

Le lendemain, mon mal de crâne et le nettoyage de la maison occupent mon esprit presque entièrement, je ne fais donc que peu de cas des chiffres de la participation, qui annoncent une mobilisation record de 10 point supérieure à celle de 2010. Quelques rumeurs sur twitter commencent à parler de baffe électorale, mais je n’ai vraiment pas la tête à ça. Plus par inertie que par conviction, j’allume la télé vers 20 h 05, me sentant vaguement coupable de ne pas m’y intéresser davantage.

Et là je reste scotché.

Premier sondage à la sortie des bureaux, la droite nationaliste à 55 députés au lieu des 65 qu’ils attendaient, loin des 68 qui offre la majorité absolue. Premier tour de table, premières têtes hallucinées parmi les porte-paroles des différents partis.

Le scrutin commence, elle tombe à 47 députés. Les journalistes ont beau répéter qu’il s’agit de résultats très partiels, ça ne semble pas vouloir décoller au fur et à mesure que la nuit avance.

Onze heures du soir, Artur Mas sort au balcon de l’hôtel Majestic, avec le gouvernement sortant, leurs mines défaites, dans une image qui restera aussi célèbre ici que Jospin en 2002.

Bref, jamais dans les vingt dernières années les instituts de sondages ne s’étaient autant plantés. Artur Mas devait récolter entre 40 et 45 % des suffrages. Il en récoltera finalement 30 %, leur pire score depuis 1980. Alors évidement, j’exulte car l’erreur va dans mon sens. Mais le ratage absolu des démoscopies est une bonne nouvelle pour la démocratie, et laissera des traces durables. Les élections les plus polarisées de l’histoire de la Catalogne, avec des enjeux dépassant largement le gouvernement des 4 prochaines années, ont débouché paradoxalement sur le parlement le plus atomisé et le plus ingouvernable. L’avenir est incertain. Mais au moins, la parole du peuple n’est plus confisquée à l'avance par ces connards d’experts. 

lundi 26 novembre 2012

Feux et contre-feux

Tout le monde a noté que la gauche socialiste a déserté l'économique pour se recentrer sur les questions sociétales. Des gens découvrent que la droite adélaissé l'économique pour se lancer dans des débats... disons tout aussi sociétaux.

Il ne nous faudra pas une grande hardiesse intellectuelle pour y voir un lien. C'est toujours délicat de parler de causalité mais, ce qui est sûr, c'est que les socialistes ont été les premiers à infléchir leur discours pour lui faire chausser les pantoufles sociétales au moment même où il aurait dû chausser ses bottes cloutées pour botter le cul du capitalisme. Du coup on est tenté de dire: "comment voulez-vous que la droite puisse jouer son rôle?"

Comme je suis très chrétien, je ne mettrai pas la droitisation de la droite sur le compte des Socialistes, ils ont déjà beaucoup à se faire pardonner. Disons que droite et gauche ont tiré les conclusions qui s’imposaient et ont pris acte de l'autonomisation de l'économie. L'économie mise hors du champ politique que leur reste-t-il? La réponse est dans l'actualité et dans l'Histoire immédiate. Ils ont, en quelque sorte, substitué à la Lutte des Classes la Lutte des Communautés.

Pour refonder la gauche, et plus largement pour éviter la fuite en avant à laquelle nous assistons, il est urgent de reprendre la main sur l'économie et de la remettre au centre du politique. 


samedi 24 novembre 2012

Enkysté du bocage.

NDDL. Notre-Dame-des-Landes.

Retenez bien ce nom, il pourrait devenir symbolique. Comme le Larzac, ou l'usine Lip. Un truc du genre. Le scepticisme cynique de notre époque rira de cette assertion. Il me renverra à la figure un "on peut pas comparer" pétri d'un relativisme confiant et enfumé par les volutes de la mythification culturelle attribuant aux luttes du passé le caractère ambigu d'épopées d'un autre âge, celui où les choses étaient encore possibles.

Au départ un projet d'aéroport. Un truc vieux de près de trente ans. Un machin fondé sur des conceptions douteuses de l'aménagement, établi sur la base de spéculations économiques et de délires géographiques aussi abscons qu'incertains.
L'enjeu ? Faire de fric. Faire moderne. Faire du progrès. Et créer des emplois.
Et pour cela que compte quelques hectares de bocage, quelques vagues espèces de batraciens gigotant dans une mare ? Quelques agriculteurs ? Quelques écolos illuminés ?
Les "pouvoirs publics", les aménageurs, la chambre de commerce et de l'industrie, l'Etat, les constructeurs sont les bulldozers qui écrasent par la loi et le décret. Au nom de cette stupidité aménagiste qui consiste à cultiver les signes extérieurs de la modernité, de l'opulence et de la richesse comme autant d'amulettes incantatoires au Progrès et à la Croissance. Celle qui produit des emplois. Vous avez entendu hein ? des emplois. Bavez brave gens. Niquer le bocage crée de l'emploi. Des beaux boulots du tertiaire sous-payés : gardiens de parking, agents de sécurité, hôtesses en CDD de compagnies low-cost et autres lumpenprolétaires au service des actifs et des décideurs: ce genre de mec qui prend l'avion trois fois par semaines.

Qu'importe que de sérieux doutes soient émis sur l'intérêt de ce nouvel aéroport, ainsi que sur la validité juridique du projet, par des gens qui ont bossé dessus (je n'ai lu que des résumés et je les ai trouvé convaincant). Qu'importe que même un énarque et des hauts fonctionnaires émettent - avec force arguments - des réserves sérieuses sur l'utilité géographique et économique de cet engin.


Il en va de la volonté d'un homme, premier ministre qui ne cèdera pas. Qui ne doit pas céder. A moins peut être que son président ne décide de le lâcher comme une fiente dans quelques semaines. Un premier ministre, responsable de rien mais comptable de tout, qui préfère d'ailleurs céder au lobby patronal, aux injonctions des marchés financiers et même aux sirènes du catholicisme intégriste. Mais pas à ses électeurs, qu'il imagine sans doute captifs.

Je n'ai jamais été un militant écolo. Je ne sais même pas si je serais capable de réaliser ce que certains ont fait là-bas. Je trouve cela assez admirable. Et digne. Quelle que soit la radicalité ou la mauvaise foi ponctuelle de ces gens. Quelle que soit la Loi et la Procédure Démocratique soit disant respectées qu'on leur oppose.

La lutte à NDDL est une fenêtre dans le vide politique. Un de ces moments où le pouvoir doit montrer son vrai visage, celui du flic. L'éternel.

Le flic le voilà d'ailleurs. Manuel Valls, chef de flics, flic en chef. Qui déclara ce jour 25 novembre qu'il ne fallait pas laisser le "kyste" de la contestation se développer. Dégoût que cette formule a provoqué chez moi. Rage sourde. Envie de hurler. Le vocabulaire médical, celui de la pensée répressive et sécuritaire, héritière en droite ligne de la police coloniale par des canaux extrêmes-droitiers sous-terrains mais bien repérables. Des "kystes" à éliminer, bientôt des "cancers" à traiter. Voilà comment la pensée d'Etat nomme ceux qui s'opposent à elle. Comme elle l'a toujours fait par ailleurs. En criminalisant. En désignant comme pirate, groupes violents ou terroristes ceux qui sont un peu trop déterminés à ses yeux. Comment penser 5 minutes que cet arriviste malade est autre chose qu'un de ces grands traîtres de l'histoire, de ceux qui préparent la voie au pire, d'autant plus qu'ils pèsent consciencieusement le poids des mots qu'ils élaborent ? Comment se dire que le pouvoir a bien changé de mains après les dernières élections ?

Je veillais sur cette affaire, presque détaché, mais il a fallu l'intervention du ministre de l'Intérieur pour achever de me convaincre du caractère fondamental de ce qui se passe actuellement dans le bocage nantais. Pour radicaliser ma position. Au-delà de l'écologie c'est bien la question démocratique qu'il est encore une fois en jeu. Il y a une loi, souveraine par la grâce du fric et de l'expertise soit-disant neutre, et il y a une légitimité. Et toutes deux s'affrontent.

Et qu'on ne vienne pas me faire le coup des bobos écolos attachés à quatre pauvres tritons marbrés et à 3 haies et leur microcosme délicat face au peuple ouvrier sinistré et nécessiteux. En face c'est pas le peuple, en face c'est Vinci le bétonneur et tous les intérêts des dégoulineurs de ciment possibles.


NDDL est une porte ouverte de l'histoire. Un de ces trucs qui ne pourraient bientôt n'avoir qu'une issue : celle de la vieille carne corrompue au fond de la poubelles des promesses et des renoncements dont la liste déjà longue ne manquera pas de s'épaissir. Ou bien ces chantiers qui bâtissent des possibles ou ces marécages de la rancoeur où s'englue l'espoir.

vendredi 23 novembre 2012

Appelons un chat "un chat" et un arabe "un islamiste"

Avant on se méfiait des arabes, maintenant on hait les musulmans. C'est pas la même chose, dis-tu? Ah! T'es donc du genre à demander à celui qui "nique ta mère la pute" de se montrer plus nuancé et précis dans ses accusations...


Tu fais peut-être partie de ces scolastes qui combattent la haine par de vains codicilles. "Ce ne sont pas, à proprement parler, des arabes, voyez-vous. Ils sont issus d'un brassage multi-millénaire qui a pour berceau le bassin méditerranéen au sens large. D'ailleurs..." Mais ta gueule!


Ou de ces philosophes putatifs qui assènent leurs sentences, puisées dans les vapeurs éthyliques de rades aussi crades que le fond de leur slip et de leurs idées: "Nan mais Rachid, ne m'accuse pas de mettre tous les musulmans dans le même sac... Je sais très bien qu'il y a des musulmans athées, comme toi, qui n'hésitent pas à payer leur tournée et tout mais..."


Dire encore une fois que certains ne se définissent ni comme arabe ni comme musulman, à quoi ça sert? Parler "complexité" avec quelqu'un qui a envie que tu disparaisses est , a minima, un peu vain. Les jeux d'esprit n'ont pas sauvé Guido Orefice (La Vie est Belle de Benigni) de la détermination obtuse des officiers SS.

 
Ils t’appelaient "arabe" pour te rappeler que tu étais étranger; ils t'appellent "musulman" pour te rappeler que tu restes étrange. Peu importe si, entre temps, tu es devenu français, puisqu'on te dit que t'es pas comme nous. On s'en fout que tu sois intégré, que tu portes beau, que tu te défrises les tifs et te blanchisses la peau, tu n'es pas comme nous.


Prie pour redevenir l'arabe de service. L'arabe était une espèce menacée mais protégée, au nom de l'anti-racisme. Pour le musulman, c'est l'ouverture de la chasse. Décret officiel de toutes les préfectures.

Le racisme ramenait, de manière trop ostentatoire, aux "heures sombres de notre Histoire" et on avait des scrupules et des complexes à rouvrir les pages honteuses des manuels. Mais la lutte contre la calotte et la conquête de la laïcité montrent un visage de la France plus radieux et la parent de ses habits des Lumières. Taper sur l'arabe c'était sale, taper sur le musulman c'est plus chic; et tant pis s'il s'agit de la même personne.


Je me souviens encore des temps où la chasse était pratiquée par des beaufs bas du Front National. Aujourd'hui les chasseurs s'habillent aussi en Prada et leurs trophées côtoient leurs  Murakami. Aujourd'hui certains posent des collets à l'aide de leur écharpe rouge germanopratine.


Du point de vue de la proie, ça change quoi exactement d'être poursuivie par un ours, un renard ou un loup? L'essentiel c'est de fuir ou de montrer les crocs, de gonfler le pelage et de cracher très fort, tout en serrant les fesses et... en priant. 

samedi 8 septembre 2012

Demain, fermeture de jeux paralympiques

Comme beaucoup de femmes, ( mais je ne pense pas que ce soit une question de genre mais plutôt de conformisme des centres d’intérêts) je ne m’intéresse que peu aux sports télé(radio et journaux)-diffusés, surtout si ils sont populaires…

C’est pourquoi je trouve aberrant que ces non-informations que représentent la majorité des compétitions fassent la une mais surtout la quasi-totalité des journaux durant la période olympique (la terre peut s’écrouler, une centrale exploser, des lois débiles promulguées, des plages envahies, rien).

Outre ce que gagnent certains sportifs, grâce au fait que la populace achète nombre de produits dérivés notamment. Une missive entière pourrait être consacrée à ce débat : Ces riches doivent-ils être exonérés de l’impôt sur la fortune, s’exiler, être exemplaires ? et j’en passe.

Un pseudo débat idiot s’est aussi présenté cet été : le coût des JO : non mais n’importe quoi, si ça donne l’occasion à un pays de refaire ses infrastructures sportives son réseau de déplacements urbains… dont bénéficieront certainement les petits clubs sportifs et qui font vivre l’économie du BTP et autres emplois dérivés. Si toutes les nations peuvent ainsi avoir l’occasion de présenter leurs athlètes au monde entier…Cela se mesure-t-il en livres dépensés ? 

Venons-en à mon propos et mon coup de gueule du jour qui est l’absence totale de diffusion des jeux paralympiques. Je suis déjà effarée de voir que notre pays cache ses handicapés et par là rend insupportable à beaucoup de (petites) gens le fait même d’en croiser dans la rue ou dans le supermarché. Sans m’attarder sur ceux (devenus de plus en plus rares) qui utilisent leurs places réservées. Ou ces archis, urbanistes notamment, qui ne pensent pas à l’accessibilité de certains endroits aussi banaux que les trottoirs. (et oui, quand vous vous garez sur un trottoir pour ne pas gêner la circulation automobile, vous en empêchez le passage à certaines personnes).

Et donc, les jeux paralympiques dont les athlètes réalisent des performances bien plus importantes que les valides ne rencontrent aucunes retombées médiatiques (j’ai passé plus de 20 minutes sur internet à chercher les résultats, diffusions et autres détails concernant le ping-pong par exemple, et, rien !! et ça, c’est moche, voilà !!

mercredi 4 juillet 2012

L'omnicrise, épilogue

La semaine dernière, c'était le gala de fin d'année à mon école de tourisme, au cours de laquelle l'on donne les diplômes à nos têtes blondes chéries. Ambiance costard cravate et robe de soirée donc. Le directeur prend la parole et nous livre un discours churchillien sur les larmes et la sueur en temps de crise, le travail, la volonté et le onvatoussensortirensemble. La responsable des licences parle à son tour et s'essaie à l'humour (sans trop de bonheur), en évoquant cette dernière année bizarre où il a été tellement question d'une certaine cousine, jeu de mot entre prima (=cousine) et prima de riesgo (=différentiel avec le bond allemand). Puis c'est finalement le tour de la responsable des BTS, qui termine avec une note optimiste, car si il y a un truc qui marche en Espagne, c'est bien le secteur du tourisme, tiens, merci l'Egypte et la Tunisie d'être tellement dans la merde, la saison estivale vient de s'ouvrir chez nous avec 100 000 chômeurs en moins.

La semaine dernière, par ailleurs, ma colloque, épuisée par les difficultés techniques du streaming underground post fermeture de Megaupload, s'est inscrite sur la plateforme payante Filmin. On explore un peu le site et oh, surprise, c'est trop hasbeen de cataloguer les films en comédie ou aventure. Désormais, le menu déroulant s'ouvre sur "comprendre la crise" puis "oublier la crise"...

La semaine prochaine, enfin, c'est le festival FIRE ! de cinéma gay et lesbien. Le teaser, que je déconseille aux âmes sensibles, met en scène un couple dont les ébats passionnés sont interrompus par un aveu : un des gars vient de se faire licencier, venant grossir les rangs de 5 millions de chômeurs :


Le titre, estafa (= arnaque) fait d'ailleurs référence au célèbre "No es crisis, es estafa" des indignés...

Or quoi d'a priori plus éloigné des soucis de la crise qu'un festival de films LGBT? Mais dans l'Espagne d'aujourd'hui, à part le sacro saint foot, tout est suceptible de frivolité face à la crise, et ne peut donc que se justifier en fonction de cette dernière, ne serait-ce que comme nécessaire et salutaire exhutoire.

L'omnicrise quoi...

mercredi 13 juin 2012

L'omnicrise


Mardi matin, rendez-vous chez l’orthophoniste à l’hôpital de Sant Pau, dans ses installations ultra neuves, clinquantes, lumineuses, architecte star, Espagne pré-crise, désormais inondées par d’énormes banderoles dans le grand hall d’entrée, hôpital en lutte,  calendrier des mobilisations, ministre démission, etc. On commence par réviser les règles d’hygiène de la voix. « Tu es dans un bar, volume sonore élevé, tu cries, tu parles avec tes amis, à tout hasard, de la crise ». Rire complice. « À tout hasard, de la crise ».

Dernière semaine de cours avec les étudiants de Retitulació, une année qu’ils ont inventé après Bologne pour pouvoir passer de Bac +3 à Bac + 4, et permettre ainsi aux travailleurs de garder leur statut en crachant un peu d’argent. On se retrouve autour d’une bière en terrasse, avec des adultes professionnels, habitués aux conversations policées et consensuelles, et on entame la plus consensuelle des conversations : il faut guillotiner tous les politiciens et tous les banquiers. 

Vous l’avez compris : dans l’ascenseur, au marché, dans le taxi, chez le dentiste ou aux putes, on ne parle plus du temps qu’il fait, on demande comment se porte aujourd’hui la Prima de Riesgo, c'est-à-dire, le différentiel des taux d’intérêt de la dette espagnole par rapport à l’allemande. C’est l’omnicrise. Voilà, avec quelques licences poétiques, à quoi ressemblent les cancans desfemmes de ménage aujourd’hui : 





Exagéré ? On peut trouver trois mil exemples de comment les propos plus ou moins élaborés sur la crise ont envahi tous les champs d’expression, de la cuisine au foot. Tenez, Carlos Arguiñano, notre Maïté à nous, chef star et éternel visage de la télé espagnole. Depuis quelques semaines, il passe ses émissions à découper des calamars et faire frire des oignons tout en expliquant qu’il faudrait commencer par émasculer les responsables de ce bordel. Et sous son couteau, c’est les tripes de nos dirigeants que l’on voit se vider :




Une version plus élaboré, plus Dibiesque, c’est celle du Comidista, bloggeur gastronomique archiconnu dans El Pais, qui s’occupe normalement de savoir pourquoi les croissants espagnols sont si dégueulasses, et qui la semaine dernière nous a offert une tribune à charge contre le PDG de Mercadona, l’enseigne leader de la grande distribution espagnole, qui a proposé la Chine comme modèle à suivre pour que l’Espagne surmonte ses difficultés.

Samedi dernier, la banque espagnole est au bord de l’abîme, l’opération sauvetage de Bruxelles est déclenchée. Le site de musique branché Jenesaispop, qui fait la pluie et le beau temps dans les milieux cool,  dresse un top 10 des chansons pour un sauvetage, qui commence aussi par une tribune à charge et termine par la chanson Estafa, l’arnaque, qui renvoie évidemment au cri des indignés, « No es crisis, es estafa ».



Allez, dernier exemple, la remise du prix « catalan de l’année » (Oui, le nom du trophée est ridicule), devant les plus hauts responsables politiques catalans, dont le Molt Honorable President Mas (sic). Cette année, c’était pour le commentateur sportif Josep Maria Puyal. Son discours, à réminiscences presque gaullistes ou churchiliennes, directement adressé à Mas, en a fait pleurer plus d’un devant sa télé. 




L’omnicrise je vous dit.

mardi 12 juin 2012

La démocratie est morte...(1)

...dimanche soir.

Elle a claqué sans faire trop de bruits. Dans l'indifférence générale, ou presque. Entre Roland-Garros, l'Euro de foot et les derniers bouts de chair que colle quelque malade mental sur les murs.

On me dira que tout ne s'est pas joué ce fatal dimanche 10 juin. On aura raison. On pourra même dire que tout cela était presque programmé, joué d'avance. Que les coups mortels furent nombreux à précéder celui-ci. Qu'il en sera même peut être d'autres qui nous éblouirons ou nous éclabousserons à peine. Peu importe.

L'autre soir, fatale me parut la conclusion.

40% d'abstention pour un scrutin législatif. Un record parait-il. Mais les records d'abstention ne cessent d'être battus depuis 20 ans, alors, ça n'émeut plus personne. A part les hypocrites ; ou ceux qui ont encore à la bouche, pour la forme et presque un sourire cynique en coin, la rhétorique de "l'abstention est un signal que nous envoient les électeurs "dans les fameux "éléments de langage" que des Etats-Major leur distillent.

L'Assemblée Nationale, apprend-t-on depuis le collège, est dépositaire du pouvoir législatif. En l'espèce elle est l'émanation de la souveraineté populaire, ou nationale. Dans une démocratie représentative, modèle qui a eu cours entre la fin du 19e siècle et le 20e siècle en Europe et un peu partout dans le monde, elle est censée être l'incarnation du pouvoir du peuple des citoyens. Vous savez, ce qu'on appelle la démocratie.
Il est vrai que son acception française depuis 1958 était quelque peu spéciale. Un président fort, une Assemblée qui ne saurait être trop indépendante et en tout cas trop remuante comme elle l'aurait été par le passé. Mais depuis 2001 cette spécialité française que d'aucuns en leur temps avait jugé quasi-dictatoriale avait pris un tour des plus pervers. Cela s'est fait dans la plus grande discrétion. Le poison plus que le couteau. Un référendum qui ne devait être que technique, un autre "record" d'abstention cette fois là, un consensus général pour une question piégée. Étiez vous pour réduire le mandat présidentiel à 5 ans ? Oui nous l'étions. Mais étiez-vous pour l'inversion du calendrier ? Hein ? de quoi me parlez vous ? Oui oui, un truc technique. On met l'élection présidentielle avant les législatives, c'est plus pratique hein ? Ah oui, si vous le dites. Et ils le firent. Merci Jospin. Ton inconséquence politique que tu maquillais bien derrière tes traits de sage et incorruptible professeur protestant, nous la payons encore. Nullard. Prétentieux.

On aurait voulu flinguer la représentation nationale qu'on ne s'y serait pas pris autrement. L'élection présidentielle est restée ce moment absurde et stupide où se concentre les attentes politiques des Français si merveilleusement éclairées par des médias libres et pluriels (et parfois gratuits). Quant à la législative, elle n'est désormais que le passage obligé, formel, l'ajustement qui se fait après la grande bataille quand vient l'heure de la lassitude extrême et qu'il faut en finir avec le "temps" politique électoral. Comprenez bien alors que les Français sont usés par tant de semaines de tensions politiques, ils ont besoin de sport à la télé, de vacances et de changement, car il est maintenant, mais pas tout de suite, vous attendrez qu'on retrouve le tube de vaseline à rigueur. L'élection législative qui doit décider ce que le peuple souhaite pour lui n'est plus que la chambre d'enregistrement et de validation du pouvoir du Prince souverain. La démocratie parlementaire est bien morte mais ses blessures ne datent pas d'hier.

Là se greffe l'autre plaie: le mode de scrutin, majoritaire à deux tours qui favorisent les grands partis. Lesquels n'ont, si le Prince est de leur rang, même pas à faire campagne. Juste laisser faire les hérauts de l'évidence et de la "normalité" proclamée en principe d'action, et de la nécessaire application du programme du Chef. Saupoudrons le grand ennui organisé sur la toile de l'éclatement et de la dispersion du débat en de multitudes de particularités locales, de rivalités, d'enjeux d'investiture et de réélections, de circonscriptions et du terrible sort qui attend les "personnalités", notamment ces ministres fraichement nommés sur la base...de rien...de la volonté du Prince et vous obtiendrez cette immense foutage de gueule généralisé dont plus personne n'est dupe, que tout le monde avait déclaré joué d'avance (c'était déjà le cas en 2007). Quand la presse politique se fait people. Quand la confusion la plus totale règne et que tout semble possible pour cette caste de gouvernants. Comme si deux cliques s'entendaient à tour de rôle pour gouverner la France. Voilà bien d'ailleurs qui alimente le "tous les mêmes" auquel on a de plus en plus de mal à opposer des arguments du reste. C'est là que prospère Le Pen. Car ne sont-ils pas tous les mêmes là, à courir après ce qui, non content d'avoir un sens obscur (mais nécessaire) dans le fonctionnement idéel d'une démocratie, à savoir une députation, est peu à peu dépossédé de sa souveraineté et de ses prérogatives.

Voyez la cette carte des circonscriptions. Elle ressemble à s'y méprendre à une carte administrative d'Ancien Régime où se superposaient, s'entrecroisaient des Institutions et des pratiques nouvelles, anciennes, en désuétude dans des découpages alambiqués et absurdes...Rien n'est en plus proche que la carte des circonscriptions, vaste ensemble colorée et hétéroclite dont on se doute bien que la démographie n'est qu'un des paramètres qui président à leur dessin, souvent fort arrangeant pour le ponte local. Image de notre système électoral : des hobereaux, des notables locaux à la conquête d'un fief qui les inscrira dans l'Album de la Cour du Prince.
Voir  le déplorable spectacle des querelles intestines au PS entre Ségolène Royal, ex-compagne du Prince et un concurrent, soutenu par la Première Dame, et on se dit qu'il y aurait décidément bien de vulgaires têtes couronnées à faire encore tomber la prochaine fois.

L’Assemblée Nationale est patiemment devenue le chaînon manquant entre le Conseil Général des Landes et la Chambre des Lords britannique. A pleurer. Vous avez encore envie de voter vous ? Moi plus. Surtout que notez bien qu'on garde quand même que les deux, voire les trois, meilleurs au 2nd tour. Les autres peuvent aller se faire foutre. Pas assez représentatif déclare-t-on. N'auront droit de siéger que ceux qui font allégeance au système monarchique et à l'ordre des choses, c'est à dire ceux qui y ont intérêt, ceux qui voient dans le président le dispensateur des bienfaits et des bénéfices mais aussi une image agrandie renforcée et prolongée d'eux mêmes, petits princes locaux liés par la grâce électorale à leur menu peuple dont ils seraient les avocats parisiens. Le PS et ses affidés recommencent toujours la même histoire, le PS, par manque de courage politique et par inertie systémique autant que par aveuglement, nous emmène ni plus ni moins dans le mur fasciste, lequel établit ses fondations à tel point qu'il joue l'arbitre et le grand manitou à droite et dans l'élection. Le FN, pour ne pas le nommer, qui renoue très tranquillement avec cette effrayante habitude fasciste consistant à dresser des "listes" de personnalités à éliminer...pour l'instant électoralement. Le PS pleurera sans doute quand son tour viendra de prendre le train de l'exil ou du camp, en faisant mine d'oublier qu'il n'a volontairement pas fait de campagne, qu'il ne parle plus de politique depuis des lustres et qu'il n'est que le tremplin d'une foule d'arrivistes en tout genre, tout cela parce que l'abstention l'arrange, et que toute une superposition de notables engoncés dans des pratiques d'un autre âge se doivent d'être élus ou réélus.

La démocratie représentative est morte mais sa conception française était-elle franchement à sauver ? L'idée de représentation en soi n'est-elle pas à refonder complètement en revenant à une définition purement technique du mot : un représentant n'est pas, il représente. Il ne devrait pas avoir d'existence de carrière tant que dure son mandat. Lequel devrait se redéfinir autour de la notion de charge et non pas de carrière. On pourra réfléchir à un autre modèle, les pistes existent...mais pas l'ombre d'un changement institutionnel ne verra le jour parce que le pouvoir reste le pouvoir, parce qu'il en est ainsi , peut être plus qu'ailleurs, en monarchie référendaire.

Pendant ce temps là....à droite...

samedi 2 juin 2012

Je suis contre le droit de vote des immigrés, je vote UMP

 


Je vous connais, ne niez pas, vous êtes des optimistes. Pas des bienheureux bibliques, de ces insouciants par ignorance, de ces optimistes béats mais des optimistes quand même. Je vais même vous révéler à vous-mêmes en vous nommant avec justesse: vous êtes des "optimistes pragmatiques". Ne vous récriez pas et réfléchissez-y.

 Je vous comprends; personne ne veut être malheureux. Et il est bien vrai que passer ses journées et du coup ses nuits à penser aux malheurs passés, aux présents et à ceux qui ne manqueront pas de venir donne une folle envie de se pendre. Et je vous vois tous, à l'affût de la moindre occasion de vous réjouir, guettant, tels des suricates inquiets, le moindre événement rassurant, quémandant même un peu de divertissement pour cacher les horreurs du monde.

Je vous comprends et je ferais comme vous si je le pouvais... mais je suis un peu comme Cole Sear dans 6e sens qui voyait des morts partout, sauf que moi, je vois des catastrophes partout et tel le Caïn de Victor Hugo, je ne puis fuir cet œil immonde et tyrannique... Bon trêve de grandiloquence, de préliminaires aussi interminables que creux et venons-en au fait. 


Vous êtes de ceux qui se sont réjouis de voir disparaître Sarkozy de la sphère médiatico-visuelle. Vous êtes, peut-être même de ceux qui pensent qu'il a définitivement quitté la politique. Si c'est le cas, je suis désolé pour vous. Premièrement il reviendra sûrement et deuxièmement même sans lui l'UMP est un parti de fachos. Si vous n'aimez pas l'utilisation de ce mot repassez-vous le clip en boucle. Vous l'avez fait et vous n'êtes toujours pas d'accord? Je ne peux rien faire pour vous, vous êtes de droite et vous devez quitter immédiatement ce blog.


Pour ceux qui m'accuseraient d'exagération, voyez comme, en comparaison,  le clip de la vague Bleu Marine semble mesuré:


Dans ce monde, on a le droit de donner de l’huile de vidange aux humains,
Mais pas d’huile de table aux voitures,

Dans ce monde, on t’invite à faire partie d’un club pour boire du café,
Mais on ne te laisse pas rentrer en boîte,

Dans ce monde, on te propose la carte de fidélité Carrefour,
Mais aussi de t’inscrire au club libertin,

Dans ce monde, tu peux faire le 71515 et taper COCU, pour savoir si tu l’es,
Mais impossible de joindre Pôle Emploi,

Dans ce monde, la vie, la vraie, c’est Auchan
Paraît-il,

Dans ce monde, on revient de tout,
Surtout si l’on n’est parti nulle part,

Dans ce monde, on fait plaisir aux enfants blancs avec du chocolat,
Récolté par des enfants esclaves noirs,

Dans ce monde, on crée de la convivialité sur des murs fictifs,
Cependant qu’on en construit de vrais pour rester seul,

Dans ce monde, on veut tout,
Pour rien,

(Axelle)


Dans ce monde, on peut "démocratiquement " nommer tout un gouvernement,
Sans qu'aucune assemblée représentative n'ait été élue.

Dans ce monde, on peut consciencieusement voter à gauche,
Et se comporter comme le pire des exploiteurs avec ses employés.

Dans ce monde, on peut bombarder le spectateur avec de la cuisine hype et recherchée à toutes les sauces,
Et laisser les 8/10e de l'humanité se nourrir de merde.

Dans ce monde, la Grèce creuse son trou chaque jour un peu plus,
Avec les seuls intérêts des prêts qu'on lui fournit pour reboucher ce trou.

Dans ce même monde, l'Allemagne impose la dèche à ses voisins pour son bien être,
Sachant que celui-ci dépend tout de même de la bonne forme de ceux-là.

Dans ce monde on peut cumuler les Gigaoctets de musique sur un disque dur,
Mais ne rien comprendre pour autant à la musique.

Dans ce monde, quantités de gens pérorent en spécialistes sur tout et n'importe quoi,
Tout en masquant à merveille le fait qu'ils ne connaissent en vérité rien à rien.

(Le Rageux)

Dans ce monde, tu peux avoir 100 000 amis,
et n'en connaître aucun.

Dans ce monde, t'es dans le mouvement
si tu restes chez toi, devant ton clavier.


Dans ce monde, tu ne peux être arabe
que si tu portes une casquette à l'envers

Dans ce monde, tu ne peux être révolutionnaire
sans avoir voté Mélenchon au premier tour.

Dans ce monde, tu peux te dire écolo
et avoir trois voitures.

Dans ce monde, "Non"
signifie "on revote".

Dans ce monde, on te fait manger de la merde
enrobée de communication.

Dans ce monde, tu as le droit de tenir des propos nazis
tant que tu y mets un :-)

Dans ce monde, tu peux être sex addict
sans jamais avoir touché une femme.

(Le Bougnat)

Dans ce monde, tu peux vouloir un chaton
mais t'as trop d'amis qui te disent "NON".

Dans ce monde, tu bouffes chez ta voisine
et tu regrettes ta boîte de raviolis.

Dans ce monde, tu veux te recycler
mais on te dit que t'es trop diplômé(e)

(La chienlit - youhou!)

mercredi 16 mai 2012

Happy Birthday!! 2/2


Une des rares fois où j’ai vu mon père, cet éternel optimiste, manifestement déçu, fut à la place Syntagma.  Il venait de retrouver, 30 ans après, son amour de jeunesse, le  pays où il avait passé de longs mois de vacances à dormir sur la plage et à sillonner les îles avec un sac à dos. Il voulait nous montrer les terrasses où il avait passé ses après-midi d’été à boire de l’ouzo plongé dans des fauteuils en osier. En arrivant, la place était toujours là, le parlement était toujours là, les soldats avec leurs pompons ridicules étaient toujours là, mais les fauteuils en osier avaient été remplacés par les chaises en plastique du Mac Do, du Dunkin Donuts et du Haggen Hatz.

Avouons-le, au-delà des réussites et des échecs de ces quatre jours et de leur indéniable effet marketing, le 12m15m (le nom übercool que l’on a donné aux festivités et aux actions qui ont accompagné le premier anniversaire du 15 M) est déjà imprégné de nostalgie et de l’impossibilité tragique de faire revivre le passé.

La raison est très simple. Certes, le 15 M de la première étape, celle d’acampadabcn et acampadaSol, était puérile et peu opératoire. Certes, la fin, après deux mois, frôlait le pathétique, avec les punks à chiens et les clodos et une expulsion que personne de sensé a condamné. Mais avec le recul, putain ce que c’était bien. Le mouvement a profité d’un moment d’extrême faiblesse du gouvernement socialiste pour faire à peu près ce qu’il voulait. En quelques semaines, ils auront tout essayé, et c’était là sa force : il n’y avait pas de scénario écrit. Il était imprévisible, il fallait suivre au jour le jour la tension des forces qui le composaient pour le comprendre, on savait jamais ce qui allait se passer le lendemain.


Un an après, les actes successifs de la pièce qu’ils nous ont joué étaient prévisibles du début jusqu’à la fin. Les indignés sont désormais majeurs : ils ont rejoint tous les autres acteurs politiques dans ce mauvais feuilleton bourré de clichés qu’est la vie politique.

Ça a donc commencé par une grande manifestation. Voici les dangereux radicaux antisystème qui m’ont accompagné (ou d’après une ministre, les assistés qui ont plongé le pays et qui maintenant manifestent) : une avocate à succès, un ingénieur en télécommunications et un professeur.



On prend un coup de vieux en regardant autour, et nos vielles jambes supportent mal les plus de trois heures de marche. En arrivant à Place Catalogne quatre heures après, le cœur n’y est plus. C’est pourtant l’heure de la grande messe : le retour triomphant des indignés ne pouvait se faire sans une assemblée populaire. Peu importe qu’une assemblée à plusieurs milliers ne soit pas le comble du pratique. La fonction n’est évidemment pas décisionnelle (ça fait longtemps que les décisions se prennent ailleurs). Elle est surtout symbolique et informative, il faut expliquer aux sympathisants ce qu’on leur a concocté pour les prochains jours. Quand on commence à rappeler la liturgie canonique des assemblées, nous nous éclipsons.


La nuit, j’y retourne quand même. C’est le moment club social, on est certain de retrouver des gens, et en plus, c’est sûr qu’il y aura la moitié de toute la mouvance transpédégouines-panthères roses. Je finis par papoter assis par terre et j’apprends que ma conception de la vie est celle d’un chemin plat et goudronné, où tout est à portée de main, et où tout le monde est prêt à m’aider à parvenir à mes objectifs. Pas faux. Sinon, je suis un peu déçu. Elles sont où ces commissions et ces groupes de travail qui restaient à parler de politique, à refaire le monde et planifier des actions jusqu’à deux ou trois heures du matin ?



Le lendemain, c’est dimanche, on est sur Place Catalogne, haut lieu de promenade dominicale pour familles et couples de papys, les indignés se doivent de se montrer sous leur jour le plus respectable. Sous les tentes, les iaioflautas distribuent des beaux dépliants aux passants. Ah, les iaioflautas ! Contraction de iaio (papy) et de perroflauta (punk à chien), c’est l’énième trouvaille médiatique du 15M (toujours à l’aise avec la com übercool), un groupe de vieux qu’on met toujours en première ligne et qu’on envoie faire des actions un peu partout, banques, tribunaux, hôpitaux, etc.



Le programme de la journée présente les horaires de réunion des différentes commissions. Mais première surprise : à côté des horaires on voit le nom d’une sorte de conférencier, avec ses galons d’autorité (des profs, des profs et des profs, vous l’avez deviné). Je m’approche à la commission éducation et mes soupçons sont confirmés : la parole horizontale, plurielle et complètement destructurée de l’année dernière a laissé la place à une parole quasi monopolisée par un spécialiste. Mais il faut avouer qu’il parle bien, que c’est intéressant et qu’il interpelle bien les passants. Et surtout que, dès qu’il finit son discours et cède la parole, ça devient chiant à mourir et je finis par me casser. De toute façon je n’ai jamais été très parole plurielle intelligence collective moi.




Deuxième entorse à l’horizontalité, les spécialistes sont malgré tout hiérarchisés. Et à 17 h il y a une des stars médiatiques du 15M qui parle, l’économiste Arcadi Oliveres, professeur à l’université et le genre de mec à ne pas rater un seul congrès d’ATTAC. Dans une ambiance caméras de télé et micros radio et devant plusieurs centaines d’adorateurs, dont pas mal de passants surpris, il vient nous parler de l’audit citoyen de la dette. J’ai pas tout compris mais en gros, la partie de la dette qui ne serait pas légitime, faut pas la payer.



Bref, vous l’aurez compris, le but de l’opération de ces journée n’est vraiment plus de faire émerger des idées (d’où la perte totale de spontanéité) mais de se donner une légitimité en se défendant des critiques de stérilité et en affichant le travail accompli, théorique et pratique. Or je crains que le sacrifice de la spontanéité au profit d’une éventuelle aura de respectabilité (qu’ils auront bien du mal à se donner)  ne soit pas une impasse…    

lundi 14 mai 2012

10 bonnes raisons de rester sur facebook


Admettons, lecteur, que tu aies commis l’irréparable, que tu aies eu la bêtise de sacrifier ta vie professionnelle et intime sur l’autel de la déconnade couillue version 2.0. 
Qu’un jour funeste où tu t’emmerdais sec à ton bureau, tu te sois laissé piéger par les sirènes facebookiennes, tel un Ulysse de bazar, capitaine abandonné juché sur ton minable petit fauteuil en acrylique, le regard torve, les aisselles moites.
Après tout, quel français digne de ce nom peut résister à ce coquin, pour ne pas dire érotisant «C’est gratuit (et ça le restera toujours) »? Gratuit ! GRATUIT ! Ahhh, magie de la gratuité ! Hum, excusez moi, c’est ce mot là… J’ai beau savoir que ça n’existe pas pour de vrai, je ne peux pas m’empêcher.

Mais bref, nous ne sommes pas sur un de ces sites de coupons de réduc’ et autres codes promos à l’adresse des radins (érigés en héros des temps modernes, triste siècle). Moi j’ai la classe old school, je paie plein fer, non sans m’être assurée que tout le monde avait bien remarqué mes largesses. On a beau aimer la beauté du geste, on n’en reste pas moins un petit malin.

Tout cela pour te dire que te voilà ici, un peu comme un con, n’ayons pas peur des mots… et c’est un univers infini de possibilités de tricotage et détricotage d’oisivetés décomplexées. Ambiance société-des-loisirs. RTT rules.

Là il y a deux types de novices :

1/ le passionné :

Immédiatement emballé, il passera plus de 24h online à la recherche du statut le plus kikoolol, de la photo de profil –bien qu’il puisse y apparaître de face- la plus sexy-un-peu-trendy-mais-pas-trop-dark, des camarades de CE2 de cette bonne vieille époque de l’école Annie Cordy de Saint Frottin sur Morve.
Inutile de préciser que ce premier type d’individus sera très rapidement en situation de licenciement pour faute et/ou d’instance de divorce. Et ce n’est hélas pas Romain Michonneau du CE2 qui viendra l’aider à rembarquer son bureau en mélaminé noir de style François Mitterand chez ses parents.
Ironie du sort, Facebook sera dorénavant sa planche de salut, compte tenu du fait que regarder « Le juste prix » chaque soir à table, assis entre papa et maman, passé 30ans, est assez dur à avaler.

2/ le sceptique :

Il était sceptique, un peu par principe, un peu par posture. Mais l’entourage lui à tant rebattu les oreilles avec ce maudit Facebook que c’est à la faveur d’une journée d’ennui profond, ou pire, de retour de cuite, qu’il se trouve un jour, yeux dans les yeux, seul à seul, face à la bête. Le duel tant redouté est donc arrivé. La putassière proposition de « contacts » et de « gratuité » lui fait alors tourner la tête cependant que son pouls s’accélère. Ses mains crispées se cramponnent au contreplaqué du bureau Conforama. « Je vaux mieux que tout ça ! La vérité est ailleurs ! Qui trop embrasse mal étreint….argh !!!! ». Trop tard, il a cliqué.
Le plaisir de la découverte est salement gâché par cette question qui l’empoisonne déjà considérablement : « Comment vais-je justifier mon acte ? Je me sens si sale ! » Et très vite après avoir pleuré, la tête plongée dans ses paumes de la honte, les idées reprennent le dessus : « Je n’aurai qu’à dire que je viens tester. Mieux ! Aller dire que c’est nul. »
Le beurre et l’argent du beurre.
Alors passée la douce époque du dépucelage où l’on n’ose pas encore mettre une photo de profil, on se dit qu’il faut bien voir de quoi il retourne. Puis compléter, parce que ça fait plus « sympa ». Puis en fait, Michonneau, il est assez drôle. Peut être même plus drôle que ma femme, tiens… « Oui chérie, j’arrive j’arrive, je finis un dossier là ! … Quoi ?!! Eh oui, je fais beaucoup d’heures sup’, ouais ouais, je sais, mais je vais gueuler crois-moi ! ». Plus drôle que ma femme, je disais donc. « OUI, CA VA, J’ARRIVE !!! Rohhh ».

Bref je ne vais pas te noyer davantage dans une diatribe aussi imbécile qu’inutile, tu l’as compris : 1 et 2 vont finir au même point. La différence c’est le temps que cela leur prendra. Et le fait que 2 ait toujours l'air plus intelligent que 1, bien que l'on sache pertinemment qu'il en sera rendu au même point. Eh oui. Je sais, c’est difficile à entendre, mais il y a un temps pour s’amuser et un temps pour prendre sur soi, lecteur.

Alors, on est pas vaches à l’Agora, on va adoucir ton amertume en t’exposant, là, de suite, ici et maintenant, 10 bonnes raisons de rester dans cet enfer bleu :

1.        Ca occupe, c’est indéniable. On perd beaucoup de temps - je te déconseille d’ailleurs d’essayer d’en faire le compte - mais lorsque l’on s’ennuie, avec les contributions de quelques chaleureux contacts, on peut rire de bon cœur et ne plus voir le temps passer,

2.        On peut enfin se montrer sous son meilleur jour. Si tu ne peux choisir ta gueule, tu peux toujours choisir la photo qui la met le plus en valeur. Si t’es pas trop bête, tu peux même sembler intéressant à peu de frais,

3.        Si tu es seul, tu peux draguer, et gratos avec ça! Note que c’est valable pour absolument TOUS les sites possibles et imaginables, du boncoin en passant par marmiton.org, et ce, même si les filles ne t’ont strictement rien demandé. Sur un malentendu, ça peut marcher…

4.        Si tu n’es pas seul, tu peux toujours vérifier que ta femme est bel et bien devenue une pisse-vinaigre de première. Il te suffira pour cela de comparer avec tes contacts femelles. Comme Cindy du collège Jean Lefevre de Trafignolles-sur-Vase, la s... !

5.        Si tu es un mateur, abandonne les rideaux de dentelle de ta cuisine, profites-en pour les laver, on n’y pense jamais assez. Viens mater derrière ton écran ! Tu verras que tout un tas d’énergumènes se feront un plaisir de t’en faire voir des vertes et des pas mûres, et tout ça, pour pas un rond. Puisqu’on te le dit que c’est gratuit.

6.        Si tu es exhibitionniste, et comme je suis un peu paresseuse, retourne la précédente proposition,

7.        Si tu as des choses à dire : c’est un formidable outil de diffusion et de communicaion, qui somme toute, reste un outil. Tu es donc libre d’en faire quelque chose de funky,

8.        Si tu n’as rien à dire, c’est le moment rêvé de te lancer. L’ère du petit timide que les gens pensaient sourd-muet en soirée est révolu ! Ici, tu es sur la piste verte de la comm’, petit !

9.        Si tu n’as pas d’amis, et si tu te débrouilles bien, tu pourras peut être espérer en gagner un ou deux. Attention, c’est pas rien, un ou deux vrais amis! IRL j’entends. Du genre qui-te-déménagent-le-bureau-en-mélaminé-noir. Si tu en as déjà, tu enrichiras ton cheptel. Par contre, on ne va pas se mentir, si tu es complètement abruti, ça ne marchera pas mieux que dans la vraie vie. On est sur Facebook, pas à Lourdes non plus,

10.      Si tu as des amis que tu ne peux pas souvent voir, eh bien, tu pourras rester auprès d’eux aussi souvent que tu le désires. L’adage « loin des yeux loin du cœur » est tombé en désuétude avec Facebook, et cela, je le dis sans ironie aucune. C’est peut être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup.


Voilà lecteur, je t’avais promis cette liste, tu l’as eue. Tu as perdu encore un peu plus de temps sur ta vraie vie mais peut être, si tu ne le regrettes pas, nous pourrons en être satisfaits tous les deux.



happy birthday ! (1/2)

Et ce jour là, le petit cadet de la scène politique espagnole, une erreur non programmée, accouchée par surprise et dans la précipitation, célébra son premier anniversaire. Et alors qu'un prix Nobel d'économie prévoyait la sortie immédiate de la Grèce de l'Euro et un corralito (impossibilité du jour au lendemain de retirer de l'argent) en Italie et en Espagne, pour empêcher la fuite des capitaux, les rues et les places furent à nouveau le terrain de jeux de ce mélange indéfinissable de mouvements politiques, citoyens, bisounours, radicaux et new age qu'est le 15M, l'appellation espagnole des Indignés. 

Il faut avouer que la place avait bien été chauffée pour que  la fête soit un grand succès. En quelques mois de gouvernement, Rajoy a réussi à ne pas tenir une seule de ses promesses électorales (Il parait que certains croyaient vraiment qu'il n'allait pas toucher aux retraites, éducation, TVA, impôts, licenciement, etc.). Et tout ça, pour se retrouver avec une prévision de 27 % de chômage en 2013. Mais c'est surtout le sauvetage de Bankia, la semaine dernière, qui a embrasé les foules. Bankia, le symbole de la bonne gestion de la droite espagnole, ancienne caisse publique, privatisée l'année dernière, avec à sa tête le flamboyant ancien ministre d'Aznar et directeur du FMI, Rodrigo Rato, se retrouve à quémander 35 milliards pour survivre. Et au gouvernement de s'exécuter avec promptitude. 

Rajoutons que la presse nous a bassiné pendant des semaines sur les préparatifs de cette birthday party, soit parce que c'est un sujet vendeur, soit parce que, comme vous expliqueraient les groupuscules crypto-trotsko-staliniens, c'est la CIA qui est derrière les indignés, le résultat c'était ça :




Alors les chiffres, parce que c'est important les chiffres, ils décident, tel le pouce de l'empereur, de la mort ou de la survie d'un mouvement : 50 000 personnes à Barcelone d'après la police. 300 000 d'après les organisateurs. C'est honnête, surtout si on pense qu'il s'agit à 90 % de jeunes entre 15 et 30 ans.  Et comme il est beaucoup question de bilans du 15 M ces jours-ci, on pointera un premier point positif : cette jeunesse espagnole massivement abrutie par les drogues et l'alcool, qui a eu la mauvaise ou la bonne chance de naître dans la cour de récréation de l'Europe, se reconnait là-dedans. C'est la première fois qu'ils se bougent le cul en 30 ans, depuis qu'Almodovar et la Movida ont érigé la frivolité en idéologie pour en finir avec l'ultrapolitisation et les clivages des premières années de la démocratie. 

Le reste du bilan est plus mitigé. Pour les hypothèques, par exemple, Ils arborent fièrement les 250 expulsions arrêtées en un an, c'est pas bien lourd face aux dizaines de milliers d'expulsions effectives. Et c'est bien beau de répéter constamment, qu'ils travaillent, qu'ils posent les bases d'un mouvement profond, ancré dans les quartiers et tout ça, de temps en temps on aimerait savoir où ils en sont. Menacés d'oubli, s'entredéchirant en interne, nourrissant la suspicion de la classe politique, qui les voit comme des gentils rigolos d'extrême gauche, et la suspicion de l'extrême gauche, qui les voit comme un divertissement bisounours-happening qui détourne la classe ouvrière des vrais problèmes, ce qui restait des structures issues du printemps derniers avait bien conscience qu'il leur fallait un bon coup de projecteur pour montrer que si si, ils travaillaient activement pour l'imminente (r)évolution globale.  

Et ça a été un succès. Pouvaient-ils espérer un scénario plus favorable? Tandis qu'à Barcelone la Mairie autorisait un campement pour quatre jours, leur permettant de recréer (un peu artificiellement, il faut l'avouer) l'ambiance de débats et dialogue du printemps dernier, et de prendre le micro en plein centre ville pour exhiber les initiatives qu'ils portaient (audit citoyen, IPL, etc, j'y reviendrai), à Madrid, une circulaire obligeait la manifestation à se dissoudre à 22 heures, refus qui a du provoquer des puissantes érections chez les responsables du 15M, imaginant une résistance pacifique homérique et une violence policière déchaînée qui provoquerait le grand mouvement de foule épidermique dont ils ont besoin pour revenir vraiment sur le devant de la scène. Finalement, une fois n'est pas coutume, la police a été plus intelligente, et a délogé les quelques centaines de fêtards éméchés qui restaient sur la place à 4h30 heures du matin (j'ai pu voir ça en streaming en revenant de boîte, c'est quand même formidable le XXIe siècle), au lieu de le faire en plein jour comme à Barcelone l'année dernière. Il y a évidemment eu un peu de tension, mais rien de très spectaculaire, et les cris d'indignation qu'on entendait aujourd'hui n'ont pas vraiment pris, ils avaient quelque chose de tristement convenu, qui faisait rentrer le 15M dans les jeux des calculs et de l'affectation surjouée qui rend le spectacle politique si prévisiblement chiant. 

Petite paranthèse pour fermer cette introduction : il est clair que la police, quand elle veut faire clean et efficace, elle peut. Or la grève étudiante de février et la grève générale de mars ont fini en bataille rangée. Hier, par contre, c'était bisounous land. Les trotskos expliqueraient qu'on tente de rediriger le mécontentement vers des formes d'expression plus innofensives. On aura un élément de réponse dans 10 jours, avec ce qu'on prévoit être la plus grande grève dans l'éducation qu'ait connu le pays, de la maternelle à l'université.

Et après cette mise en contexte, promis je reviens cette semaine avec un recit plus en mode "moi j'y étais", avec photo et tout et tout.