Comment dire ?
Comment dire qu'ils ne nous désespèrent plus tellement on s'attendait même pas à ce qu'ils changent quoi que ce soit.
Depuis 6 mois à peine, il ne se passe pas une semaine sans qu'un renoncement, une ignominie, une lâcheté, une connerie supplémentaire nous enfouisse un peu plus à chaque fois la tête dans le sable dont sera fait le ciment du désastre à venir.
On fait encore mine de s'étonner. Mais y croyait-on encore ? Même pas. Cette "gauche" là ne l'est plus. Ou alors ne l'est plus comme on l'entendait jadis classiquement. Cette "gauche" là est le fruit d'une convergence d'intérêts ponctuelle et d'un gigantesque malentendu qui dure depuis au moins 20 ans.
Mais nous leurs ferons grâce de l'ensemble et nous contenterons de regarder l'oeuvre "socialiste" des derniers mois:
Se coucher devant un financier sans scrupules qui a bâti sa fortune en rachetant puis en revendant des industries dans le monde entier ? Combien de vies Mittal a démoli dans le monde entier ? Qui tient les comptes ?
Se coucher devant le Medef en revenant à toute vitesse sur une mesure fiscale touchant des spéculateurs financiers.
Se coucher devant le conservatisme et le patronat allemand qui voit l'Europe comme un IVe Reich économique en puissance.
Se coucher devant les exigences du patronat et de la logique libérale en acceptant la quasi totalité d'un rapport Gallois issu de la plus pure pensée patronale.
Se coucher devant la trouille d'une opinion qu'on imagine trop xénophobe et renoncer au droit de vote des étrangers.
Se torcher avec ses promesses et ses engagements sur la TVA quelques semaines seulement après avoir dénoncé les pratiques de la droite en la matière.
Se commettre dans les absurdités juridiques en introduisant d'illégales notions de conscience dans le droit au sujet du mariage homosexuel.
Se mettre dans la peau du flic en poursuivant les expulsions de Roms et de sans papiers.
Mépriser son électorat en réprimant avec violence les opposants à l'un des projets d'aménagement le plus controversé de ces dernières années.
J'en oublie sans doute. 7 mois de pouvoir. A peine.
De toute façon, partout en Europe c'est la prétendue gauche qui a toujours mieux fait le boulot du capitalisme. Relayée par des syndicats suivistes, intellectuellement corrompus et par des médias à la botte, empêtrés dans les accointances et les proximités sociales caractérisant une oligarchie en voie de sédimentation.
Cette gauche là n'est plus de gauche depuis des années. Elle ne l'est, timidement, que par opportunisme électoral. Mais l'origine intellectuelle de ces gens là, c'est l'éthique du renoncement et le social-libéralisme de Delors et de Rocard, depuis les origines. La traîtrise comme axe de travail.
Ayrault et Hollande, deux gueules de péteux enfermés dans leurs certitudes. Deux minables, deux "fins-de-régime", deux capitaines de Costa Concordia. Des gros nazes.
Moi je suis comme Ataru. J'en ai plein le cul. Marre d'expliquer, de débattre. L'analyse est faite. C'est des tirs d'artillerie qu'il faut leur envoyer dans la gueule. Putain, Staline, où sont tes chars ?où sont tes orgues ?
Sourde colère et sentiment d'impuissance se mêlent. Il n'y a que le fait qu'on s'y attendait qui soulage un peu. Rien à attendre, rien à espérer. Juste à vomir leur usurpation permanente : socialiste est devenu le synonyme de trous du cul. C'est d'une tristesse quand on pense à Jaurès, à Blum...Dire qu'ils appartenaient au même parti.
Mais bordel, on en vient à leur souhaiter le pire, que ce soit eux qui se prennent le retour du bâton dans la gueule. Et tant pis pour les conséquences. Ils ne défendent plus rien, ont renoncé à tout et le font toute honte bue. Cynisme affiché. Raison d'Etat et assurance que procurent le pouvoir et les certitudes des bourrins à oeillères. Il n'y a aucune intelligence là-dedans, aucun sens historique, aucun courage politique, aucune innovation intellectuelle, simplement la réactualisation d'un libéralisme qui a échoué partout où il a sévi mais n'en serait pas délégitimé pour autant. Il n'y a que le gouvernement de la trouille. L'empire d'un consensus introuvable et de l'imitation servile du modèle allemand qui nous massacre méthodiquement. La haine de la démocratie. La haine du peuple. La certitude que les miroirs de la cour des princes renvoient à ceux qui n'ont plus l'habitude d'être contredit ou déstabilisés. Ils seront les premiers à bord des canots de sauvetage quand le paquebot coulera. Et viendront pleurer leur pauvre sort ou l'incompréhension de leur naufrage. Tout était pourtant si simple.
mercredi 5 décembre 2012
mardi 4 décembre 2012
LA CATALOGNE EXPLIQUÉE AUX FRANÇAIS
L’exercice que je
vais vous demander de faire est, je le crains, difficile pour des français. Des
français qui, de plus, êtes pour beaucoup des profs de l’indivisible Education
Nationale. Des français qui êtes le fruit d’une autre histoire, d’autres
guerres et d’autres révolutions, qui vous mènent à bouffer du foie de canard
malade. Mais moi, courageux bouffeur de
chorizo, je vais m’aventurer à défier les piliers de votre psyché collective.
Premier exercice,
tentez d’imaginer que le catalan obligatoire pour tous à l’école, que l’enseignement
prioritairement en catalan, est ce que vous appelez une mesure d’égalité
républicaine. Partons d’une donnée sociolingüistique simple. En Catalogne, les
riches parlent catalan, les pauvres espagnol. Quelqu’un qui n’aurait pas appris
le catalan à l’école, serait condamné à vie à porter tatoué sur le front, à
chaque entretien d’embauche, « Je suis un banlieusard plouc sans culture ».
On connait déjà l’éventail de stratégies de domination culturelle développées
par la bourgeoisie pour freiner l’ascenseur social. Ne rajoutons pas la langue,
s’il vous plaît. Je ne compte pas le nombre de personnes de mon entourage, fils
d’immigrants andalous, qui, comme vous, Mohamed, Jérôme, Damien, Azzedine, sont
devenus profs ou ingénieurs et sont sortis de la banlieue barcelonaise parce qu’on
leur a donné les armes à l’école. Et parmi ces armes, la première c’est le catalan.
Voulant en savoir plus, je leur ai demandé si, comme le raconte à longueur de
journée la presse à Madrid, à grand renfort d’experts et de pédopsychologues,
ils étaient traumatisés à vie qu’on les oblige à parler une langue qui n’était
pas celle de leur parents. Je vous laisse deviner la réponse.
Deuxième
exercice, tentez d’imaginer aussi que le catalan obligatoire pour tous à l’école,
que l’enseignement prioritairement en catalan, n’est pas un facteur de
crispation et de division, mais au contraire, la seule garantie de paix
sociale. Parce qu’en se regardant dans plusieurs miroirs, on a décidé ne pas
devenir comme le Pays Basque, l’Irlande du Nord, la Belgique ou le Quebec, pays
qui pratiquent cette putain de liberté de choix à l’école. Le débat a été
tranché en 1978. On ne veut pas deux communautés. On ne veut pas de
catalanophones et d’hispanophones, allant dans des écoles communautaires,
vivant dans des quartiers communautaires, mangeant de la bouffe communautaire
et baisant dans des bordels communautaires. Donc catalan pour tous. Basta.
Or ce modèle éducatif
qui nous a apporté paix et prospérité pendant trente ans, et qui fait l’objet d’un
large consensus en Catalogne, est régulièrement la cible de tentatives de déstabilisation
de la part de Madrid. A l’origine, un manifeste de l’Académie Espagnole
expliquant que le castillan était en danger. Venant de la deuxième langue la
plus parlée au monde, ça frôle l’insulte. Ensuite, une campagne de presse quasi
quotidienne, « le drame de l’immersion linguistique en Catalogne »
(sic), avec moultes récits d’enfants traumatisés. Dernier acte, la loi de
réforme de l’éducation, la bombe lâchée hier par le ministre Wert.
Cette loi, c’est
la réponse de Madrid aux deux millions de personnes défilant le 11 septembre
dernier dans les rues de Barcelone pour l’indépendance. C’est leur réponse aux élections de dimanche
dernier. Pendant que le reste de la planète s’inquiétait, la presse à Madrid, dans
un exercice de dénégation proche du délire névrotique, n’a su voir (ou n’a
voulu voir) dans les résultats que le camouflet infligé au Président Mas, qui d’après
eux, sonne le glas du projet de référendum d’indépendance. Peu importe que dans
l’ensemble, les forces séparatistes progressent. Peu importe que des force
plutôt neutres auparavant, comme les socialistes ou les verts, basculent petit
à petit dans le camp du Oui à l’indépendance. Ils ne comprendront jamais.
La réponse du ministre Wert, le coup de baguette magique qui résoudra la question catalane, c’est dynamiter le système éducatif catalan. C’est rendre le catalan optionnel à l’école, avec un statut inférieur à l’anglais et à la LV2. C’est obliger les communes qui ne peuvent pas assurer un enseignement en castillan aux enfants, à leur payer l’école privée.
Ce n’est même
plus une provocation, c’est une déclaration de guerre. J’en ai marre d’être
pédagogue. J’en ai marre de leur expliquer, gentiment, que non, on ne parle pas
catalan juste pour les faire chier. Non, on ne demande pas des infrastructures
dignes de la sixième ville européenne juste pour les faire chier (un aéroport
international et faire arriver avant le TGV à Barcelone qu’à Calahorra de
arriba serait une bonne idée). Non, notre seul but quand on se lève le matin ce
n’est pas de faire chier. Je suis fatigué de m’auto-convaincre qu’une autre Espagne
est possible, fédérale, solidaire, et fière de sa diversité culturelle. L’heure
de la pédagogie est finie. Il y a des lignes rouges qu’on ne croise pas. Chaque
fois qu’un politicien à Madrid ouvre la bouche, dix indépendantistes catalans
naissent. Et aujourd’hui c’est moi qui, pour la première fois, crie ce mot :
INDÉPENDANCE.
mardi 27 novembre 2012
Whatever will be, will be...
Les dés étaient
jetés. Les derniers sondages coïncidaient. Les experts pontifiaient à la télé.
Les enjeux des élections de ce Dimanche au parlement catalan étaient clairs :
savoir si la droite nationaliste catalane d’Artur Mas aurait oui ou non la
majorité absolue « exceptionnelle » qu’elle réclamait et savoir qui d’entre
les socialistes, la gauche indépendantiste et le Parti populaire occuperait la
deuxième place. Bandant quoi.
Après un sondage
particulièrement généreux avec le parti du Très Honorable Président Mas (sic),
qui le donnait à 45 %, je jette l’éponge, je maudis l’humanité et j’appelle mes
amis pour organiser une grosse teuf à la maison la veille des élections.
Objectif avoué, avoir une telle gueule de bois le lendemain que tout nous
paraîtrait distant et sans conséquence. Objectif atteint. Certes, je ne suis
toujours pas allé voter en rentrant d’after. La dernière fois, il y a tout
juste un an, un reste de sentiment de blasphème m’avait arrêté à la porte du
bureau de vote, craignant qu’avec mon haleine alcoolisée je n’attire les
foudres du Dieu Démocratie. Cette fois, je suis décédé sur mon lit une petite
heure avant l’ouverture. Mais peu importe, la violence de la note que les
voisins ont accroché à notre porte le lendemain atteste que ce fût un énorme
succès. Et j’ai un vague souvenir d’un groupe de personnes tentant de récupérer,
sans y parvenir vu leur état, un portable qui était resté coincé dans la
cuvette des WC.
Le lendemain, mon
mal de crâne et le nettoyage de la maison occupent mon esprit presque
entièrement, je ne fais donc que peu de cas des chiffres de la participation,
qui annoncent une mobilisation record de 10 point supérieure à celle de 2010.
Quelques rumeurs sur twitter commencent à parler de baffe électorale, mais je n’ai
vraiment pas la tête à ça. Plus par inertie que par conviction, j’allume la télé
vers 20 h 05, me sentant vaguement coupable de ne pas m’y intéresser davantage.
Et là je reste
scotché.
Premier sondage à
la sortie des bureaux, la droite nationaliste à 55 députés au lieu des 65 qu’ils
attendaient, loin des 68 qui offre la majorité absolue. Premier tour de table,
premières têtes hallucinées parmi les porte-paroles des différents partis.
Le scrutin
commence, elle tombe à 47 députés. Les journalistes ont beau répéter qu’il s’agit
de résultats très partiels, ça ne semble pas vouloir décoller au fur et à
mesure que la nuit avance.
Onze heures du
soir, Artur Mas sort au balcon de l’hôtel Majestic, avec le gouvernement
sortant, leurs mines défaites, dans une image qui restera aussi célèbre ici que
Jospin en 2002.
Bref, jamais dans
les vingt dernières années les instituts de sondages ne s’étaient autant plantés.
Artur Mas devait récolter entre 40 et 45 % des suffrages. Il en récoltera
finalement 30 %, leur pire score depuis 1980. Alors évidement, j’exulte car l’erreur
va dans mon sens. Mais le ratage absolu des démoscopies est une bonne nouvelle
pour la démocratie, et laissera des traces durables. Les élections les plus polarisées de l’histoire de la Catalogne,
avec des enjeux dépassant largement le gouvernement des 4 prochaines années,
ont débouché paradoxalement sur le parlement le plus atomisé et le plus
ingouvernable. L’avenir est incertain. Mais au moins, la parole du peuple n’est
plus confisquée à l'avance par ces connards d’experts.
lundi 26 novembre 2012
Feux et contre-feux
Tout le monde a noté que la gauche socialiste a déserté l'économique pour se recentrer sur les questions sociétales. Des gens découvrent que la droite adélaissé l'économique pour se lancer dans des débats... disons tout aussi sociétaux.
Il ne nous faudra pas une grande hardiesse intellectuelle pour y voir un lien. C'est toujours délicat de parler de causalité mais, ce qui est sûr, c'est que les socialistes ont été les premiers à infléchir leur discours pour lui faire chausser les pantoufles sociétales au moment même où il aurait dû chausser ses bottes cloutées pour botter le cul du capitalisme. Du coup on est tenté de dire: "comment voulez-vous que la droite puisse jouer son rôle?"
Comme je suis très chrétien, je ne mettrai pas la droitisation de la droite sur le compte des Socialistes, ils ont déjà beaucoup à se faire pardonner. Disons que droite et gauche ont tiré les conclusions qui s’imposaient et ont pris acte de l'autonomisation de l'économie. L'économie mise hors du champ politique que leur reste-t-il? La réponse est dans l'actualité et dans l'Histoire immédiate. Ils ont, en quelque sorte, substitué à la Lutte des Classes la Lutte des Communautés.
Pour refonder la gauche, et plus largement pour éviter la fuite en avant à laquelle nous assistons, il est urgent de reprendre la main sur l'économie et de la remettre au centre du politique.
Il ne nous faudra pas une grande hardiesse intellectuelle pour y voir un lien. C'est toujours délicat de parler de causalité mais, ce qui est sûr, c'est que les socialistes ont été les premiers à infléchir leur discours pour lui faire chausser les pantoufles sociétales au moment même où il aurait dû chausser ses bottes cloutées pour botter le cul du capitalisme. Du coup on est tenté de dire: "comment voulez-vous que la droite puisse jouer son rôle?"
Comme je suis très chrétien, je ne mettrai pas la droitisation de la droite sur le compte des Socialistes, ils ont déjà beaucoup à se faire pardonner. Disons que droite et gauche ont tiré les conclusions qui s’imposaient et ont pris acte de l'autonomisation de l'économie. L'économie mise hors du champ politique que leur reste-t-il? La réponse est dans l'actualité et dans l'Histoire immédiate. Ils ont, en quelque sorte, substitué à la Lutte des Classes la Lutte des Communautés.
Pour refonder la gauche, et plus largement pour éviter la fuite en avant à laquelle nous assistons, il est urgent de reprendre la main sur l'économie et de la remettre au centre du politique.
samedi 24 novembre 2012
Enkysté du bocage.
NDDL. Notre-Dame-des-Landes.
Retenez bien ce nom, il pourrait devenir symbolique. Comme le Larzac, ou l'usine Lip. Un truc du genre. Le scepticisme cynique de notre époque rira de cette assertion. Il me renverra à la figure un "on peut pas comparer" pétri d'un relativisme confiant et enfumé par les volutes de la mythification culturelle attribuant aux luttes du passé le caractère ambigu d'épopées d'un autre âge, celui où les choses étaient encore possibles.
Au départ un projet d'aéroport. Un truc vieux de près de trente ans. Un machin fondé sur des conceptions douteuses de l'aménagement, établi sur la base de spéculations économiques et de délires géographiques aussi abscons qu'incertains.
L'enjeu ? Faire de fric. Faire moderne. Faire du progrès. Et créer des emplois.
Et pour cela que compte quelques hectares de bocage, quelques vagues espèces de batraciens gigotant dans une mare ? Quelques agriculteurs ? Quelques écolos illuminés ?
Les "pouvoirs publics", les aménageurs, la chambre de commerce et de l'industrie, l'Etat, les constructeurs sont les bulldozers qui écrasent par la loi et le décret. Au nom de cette stupidité aménagiste qui consiste à cultiver les signes extérieurs de la modernité, de l'opulence et de la richesse comme autant d'amulettes incantatoires au Progrès et à la Croissance. Celle qui produit des emplois. Vous avez entendu hein ? des emplois. Bavez brave gens. Niquer le bocage crée de l'emploi. Des beaux boulots du tertiaire sous-payés : gardiens de parking, agents de sécurité, hôtesses en CDD de compagnies low-cost et autres lumpenprolétaires au service des actifs et des décideurs: ce genre de mec qui prend l'avion trois fois par semaines.
Qu'importe que de sérieux doutes soient émis sur l'intérêt de ce nouvel aéroport, ainsi que sur la validité juridique du projet, par des gens qui ont bossé dessus (je n'ai lu que des résumés et je les ai trouvé convaincant). Qu'importe que même un énarque et des hauts fonctionnaires émettent - avec force arguments - des réserves sérieuses sur l'utilité géographique et économique de cet engin.
Il en va de la volonté d'un homme, premier ministre qui ne cèdera pas. Qui ne doit pas céder. A moins peut être que son président ne décide de le lâcher comme une fiente dans quelques semaines. Un premier ministre, responsable de rien mais comptable de tout, qui préfère d'ailleurs céder au lobby patronal, aux injonctions des marchés financiers et même aux sirènes du catholicisme intégriste. Mais pas à ses électeurs, qu'il imagine sans doute captifs.
Je n'ai jamais été un militant écolo. Je ne sais même pas si je serais capable de réaliser ce que certains ont fait là-bas. Je trouve cela assez admirable. Et digne. Quelle que soit la radicalité ou la mauvaise foi ponctuelle de ces gens. Quelle que soit la Loi et la Procédure Démocratique soit disant respectées qu'on leur oppose.
La lutte à NDDL est une fenêtre dans le vide politique. Un de ces moments où le pouvoir doit montrer son vrai visage, celui du flic. L'éternel.
Le flic le voilà d'ailleurs. Manuel Valls, chef de flics, flic en chef. Qui déclara ce jour 25 novembre qu'il ne fallait pas laisser le "kyste" de la contestation se développer. Dégoût que cette formule a provoqué chez moi. Rage sourde. Envie de hurler. Le vocabulaire médical, celui de la pensée répressive et sécuritaire, héritière en droite ligne de la police coloniale par des canaux extrêmes-droitiers sous-terrains mais bien repérables. Des "kystes" à éliminer, bientôt des "cancers" à traiter. Voilà comment la pensée d'Etat nomme ceux qui s'opposent à elle. Comme elle l'a toujours fait par ailleurs. En criminalisant. En désignant comme pirate, groupes violents ou terroristes ceux qui sont un peu trop déterminés à ses yeux. Comment penser 5 minutes que cet arriviste malade est autre chose qu'un de ces grands traîtres de l'histoire, de ceux qui préparent la voie au pire, d'autant plus qu'ils pèsent consciencieusement le poids des mots qu'ils élaborent ? Comment se dire que le pouvoir a bien changé de mains après les dernières élections ?
Je veillais sur cette affaire, presque détaché, mais il a fallu l'intervention du ministre de l'Intérieur pour achever de me convaincre du caractère fondamental de ce qui se passe actuellement dans le bocage nantais. Pour radicaliser ma position. Au-delà de l'écologie c'est bien la question démocratique qu'il est encore une fois en jeu. Il y a une loi, souveraine par la grâce du fric et de l'expertise soit-disant neutre, et il y a une légitimité. Et toutes deux s'affrontent.
Et qu'on ne vienne pas me faire le coup des bobos écolos attachés à quatre pauvres tritons marbrés et à 3 haies et leur microcosme délicat face au peuple ouvrier sinistré et nécessiteux. En face c'est pas le peuple, en face c'est Vinci le bétonneur et tous les intérêts des dégoulineurs de ciment possibles.
NDDL est une porte ouverte de l'histoire. Un de ces trucs qui ne pourraient bientôt n'avoir qu'une issue : celle de la vieille carne corrompue au fond de la poubelles des promesses et des renoncements dont la liste déjà longue ne manquera pas de s'épaissir. Ou bien ces chantiers qui bâtissent des possibles ou ces marécages de la rancoeur où s'englue l'espoir.
Retenez bien ce nom, il pourrait devenir symbolique. Comme le Larzac, ou l'usine Lip. Un truc du genre. Le scepticisme cynique de notre époque rira de cette assertion. Il me renverra à la figure un "on peut pas comparer" pétri d'un relativisme confiant et enfumé par les volutes de la mythification culturelle attribuant aux luttes du passé le caractère ambigu d'épopées d'un autre âge, celui où les choses étaient encore possibles.
Au départ un projet d'aéroport. Un truc vieux de près de trente ans. Un machin fondé sur des conceptions douteuses de l'aménagement, établi sur la base de spéculations économiques et de délires géographiques aussi abscons qu'incertains.
L'enjeu ? Faire de fric. Faire moderne. Faire du progrès. Et créer des emplois.
Et pour cela que compte quelques hectares de bocage, quelques vagues espèces de batraciens gigotant dans une mare ? Quelques agriculteurs ? Quelques écolos illuminés ?
Les "pouvoirs publics", les aménageurs, la chambre de commerce et de l'industrie, l'Etat, les constructeurs sont les bulldozers qui écrasent par la loi et le décret. Au nom de cette stupidité aménagiste qui consiste à cultiver les signes extérieurs de la modernité, de l'opulence et de la richesse comme autant d'amulettes incantatoires au Progrès et à la Croissance. Celle qui produit des emplois. Vous avez entendu hein ? des emplois. Bavez brave gens. Niquer le bocage crée de l'emploi. Des beaux boulots du tertiaire sous-payés : gardiens de parking, agents de sécurité, hôtesses en CDD de compagnies low-cost et autres lumpenprolétaires au service des actifs et des décideurs: ce genre de mec qui prend l'avion trois fois par semaines.
Qu'importe que de sérieux doutes soient émis sur l'intérêt de ce nouvel aéroport, ainsi que sur la validité juridique du projet, par des gens qui ont bossé dessus (je n'ai lu que des résumés et je les ai trouvé convaincant). Qu'importe que même un énarque et des hauts fonctionnaires émettent - avec force arguments - des réserves sérieuses sur l'utilité géographique et économique de cet engin.
Il en va de la volonté d'un homme, premier ministre qui ne cèdera pas. Qui ne doit pas céder. A moins peut être que son président ne décide de le lâcher comme une fiente dans quelques semaines. Un premier ministre, responsable de rien mais comptable de tout, qui préfère d'ailleurs céder au lobby patronal, aux injonctions des marchés financiers et même aux sirènes du catholicisme intégriste. Mais pas à ses électeurs, qu'il imagine sans doute captifs.
Je n'ai jamais été un militant écolo. Je ne sais même pas si je serais capable de réaliser ce que certains ont fait là-bas. Je trouve cela assez admirable. Et digne. Quelle que soit la radicalité ou la mauvaise foi ponctuelle de ces gens. Quelle que soit la Loi et la Procédure Démocratique soit disant respectées qu'on leur oppose.
La lutte à NDDL est une fenêtre dans le vide politique. Un de ces moments où le pouvoir doit montrer son vrai visage, celui du flic. L'éternel.
Le flic le voilà d'ailleurs. Manuel Valls, chef de flics, flic en chef. Qui déclara ce jour 25 novembre qu'il ne fallait pas laisser le "kyste" de la contestation se développer. Dégoût que cette formule a provoqué chez moi. Rage sourde. Envie de hurler. Le vocabulaire médical, celui de la pensée répressive et sécuritaire, héritière en droite ligne de la police coloniale par des canaux extrêmes-droitiers sous-terrains mais bien repérables. Des "kystes" à éliminer, bientôt des "cancers" à traiter. Voilà comment la pensée d'Etat nomme ceux qui s'opposent à elle. Comme elle l'a toujours fait par ailleurs. En criminalisant. En désignant comme pirate, groupes violents ou terroristes ceux qui sont un peu trop déterminés à ses yeux. Comment penser 5 minutes que cet arriviste malade est autre chose qu'un de ces grands traîtres de l'histoire, de ceux qui préparent la voie au pire, d'autant plus qu'ils pèsent consciencieusement le poids des mots qu'ils élaborent ? Comment se dire que le pouvoir a bien changé de mains après les dernières élections ?
Je veillais sur cette affaire, presque détaché, mais il a fallu l'intervention du ministre de l'Intérieur pour achever de me convaincre du caractère fondamental de ce qui se passe actuellement dans le bocage nantais. Pour radicaliser ma position. Au-delà de l'écologie c'est bien la question démocratique qu'il est encore une fois en jeu. Il y a une loi, souveraine par la grâce du fric et de l'expertise soit-disant neutre, et il y a une légitimité. Et toutes deux s'affrontent.
Et qu'on ne vienne pas me faire le coup des bobos écolos attachés à quatre pauvres tritons marbrés et à 3 haies et leur microcosme délicat face au peuple ouvrier sinistré et nécessiteux. En face c'est pas le peuple, en face c'est Vinci le bétonneur et tous les intérêts des dégoulineurs de ciment possibles.
NDDL est une porte ouverte de l'histoire. Un de ces trucs qui ne pourraient bientôt n'avoir qu'une issue : celle de la vieille carne corrompue au fond de la poubelles des promesses et des renoncements dont la liste déjà longue ne manquera pas de s'épaissir. Ou bien ces chantiers qui bâtissent des possibles ou ces marécages de la rancoeur où s'englue l'espoir.
vendredi 23 novembre 2012
Appelons un chat "un chat" et un arabe "un islamiste"
Avant on se méfiait des arabes, maintenant on hait les musulmans. C'est pas la même chose, dis-tu? Ah! T'es donc du genre à demander à celui qui "nique ta mère la pute" de se montrer plus nuancé et précis dans ses accusations...
Tu fais peut-être partie de ces scolastes qui combattent la haine par de vains codicilles. "Ce ne sont pas, à proprement parler, des arabes, voyez-vous. Ils sont issus d'un brassage multi-millénaire qui a pour berceau le bassin méditerranéen au sens large. D'ailleurs..." Mais ta gueule!
Ou de ces philosophes putatifs qui assènent leurs sentences, puisées dans les vapeurs éthyliques de rades aussi crades que le fond de leur slip et de leurs idées: "Nan mais Rachid, ne m'accuse pas de mettre tous les musulmans dans le même sac... Je sais très bien qu'il y a des musulmans athées, comme toi, qui n'hésitent pas à payer leur tournée et tout mais..."
Dire encore une fois que certains ne se définissent ni comme arabe ni comme musulman, à quoi ça sert? Parler "complexité" avec quelqu'un qui a envie que tu disparaisses est , a minima, un peu vain. Les jeux d'esprit n'ont pas sauvé Guido Orefice (La Vie est Belle de Benigni) de la détermination obtuse des officiers SS.
Ils t’appelaient "arabe" pour te rappeler que tu étais étranger; ils t'appellent "musulman" pour te rappeler que tu restes étrange. Peu importe si, entre temps, tu es devenu français, puisqu'on te dit que t'es pas comme nous. On s'en fout que tu sois intégré, que tu portes beau, que tu te défrises les tifs et te blanchisses la peau, tu n'es pas comme nous.
Prie pour redevenir l'arabe de service. L'arabe était une espèce menacée mais protégée, au nom de l'anti-racisme. Pour le musulman, c'est l'ouverture de la chasse. Décret officiel de toutes les préfectures.
Le racisme ramenait, de manière trop ostentatoire, aux "heures sombres de notre Histoire" et on avait des scrupules et des complexes à rouvrir les pages honteuses des manuels. Mais la lutte contre la calotte et la conquête de la laïcité montrent un visage de la France plus radieux et la parent de ses habits des Lumières. Taper sur l'arabe c'était sale, taper sur le musulman c'est plus chic; et tant pis s'il s'agit de la même personne.
Je me souviens encore des temps où la chasse était pratiquée par des beaufs bas du Front National. Aujourd'hui les chasseurs s'habillent aussi en Prada et leurs trophées côtoient leurs Murakami. Aujourd'hui certains posent des collets à l'aide de leur écharpe rouge germanopratine.
Du point de vue de la proie, ça change quoi exactement d'être poursuivie par un ours, un renard ou un loup? L'essentiel c'est de fuir ou de montrer les crocs, de gonfler le pelage et de cracher très fort, tout en serrant les fesses et... en priant.
Tu fais peut-être partie de ces scolastes qui combattent la haine par de vains codicilles. "Ce ne sont pas, à proprement parler, des arabes, voyez-vous. Ils sont issus d'un brassage multi-millénaire qui a pour berceau le bassin méditerranéen au sens large. D'ailleurs..." Mais ta gueule!
Ou de ces philosophes putatifs qui assènent leurs sentences, puisées dans les vapeurs éthyliques de rades aussi crades que le fond de leur slip et de leurs idées: "Nan mais Rachid, ne m'accuse pas de mettre tous les musulmans dans le même sac... Je sais très bien qu'il y a des musulmans athées, comme toi, qui n'hésitent pas à payer leur tournée et tout mais..."
Dire encore une fois que certains ne se définissent ni comme arabe ni comme musulman, à quoi ça sert? Parler "complexité" avec quelqu'un qui a envie que tu disparaisses est , a minima, un peu vain. Les jeux d'esprit n'ont pas sauvé Guido Orefice (La Vie est Belle de Benigni) de la détermination obtuse des officiers SS.
Ils t’appelaient "arabe" pour te rappeler que tu étais étranger; ils t'appellent "musulman" pour te rappeler que tu restes étrange. Peu importe si, entre temps, tu es devenu français, puisqu'on te dit que t'es pas comme nous. On s'en fout que tu sois intégré, que tu portes beau, que tu te défrises les tifs et te blanchisses la peau, tu n'es pas comme nous.
Prie pour redevenir l'arabe de service. L'arabe était une espèce menacée mais protégée, au nom de l'anti-racisme. Pour le musulman, c'est l'ouverture de la chasse. Décret officiel de toutes les préfectures.
Le racisme ramenait, de manière trop ostentatoire, aux "heures sombres de notre Histoire" et on avait des scrupules et des complexes à rouvrir les pages honteuses des manuels. Mais la lutte contre la calotte et la conquête de la laïcité montrent un visage de la France plus radieux et la parent de ses habits des Lumières. Taper sur l'arabe c'était sale, taper sur le musulman c'est plus chic; et tant pis s'il s'agit de la même personne.
Je me souviens encore des temps où la chasse était pratiquée par des beaufs bas du Front National. Aujourd'hui les chasseurs s'habillent aussi en Prada et leurs trophées côtoient leurs Murakami. Aujourd'hui certains posent des collets à l'aide de leur écharpe rouge germanopratine.
Du point de vue de la proie, ça change quoi exactement d'être poursuivie par un ours, un renard ou un loup? L'essentiel c'est de fuir ou de montrer les crocs, de gonfler le pelage et de cracher très fort, tout en serrant les fesses et... en priant.
samedi 8 septembre 2012
Demain, fermeture de jeux paralympiques
Comme beaucoup de femmes, ( mais je ne
pense pas que ce soit une question de genre mais plutôt de
conformisme des centres d’intérêts) je ne m’intéresse que peu
aux sports télé(radio et journaux)-diffusés, surtout si ils sont
populaires…
C’est pourquoi je trouve aberrant que
ces non-informations que représentent la majorité des compétitions
fassent la une mais surtout la quasi-totalité des journaux durant la
période olympique (la terre peut s’écrouler, une centrale
exploser, des lois débiles promulguées, des plages envahies, rien).
Outre ce que gagnent certains sportifs,
grâce au fait que la populace achète nombre de produits dérivés
notamment. Une missive entière pourrait être consacrée à ce
débat : Ces riches doivent-ils être exonérés de l’impôt
sur la fortune, s’exiler, être exemplaires ? et j’en passe.
Un pseudo débat idiot s’est aussi
présenté cet été : le coût des JO : non mais n’importe
quoi, si ça donne l’occasion à un pays de refaire ses
infrastructures sportives son réseau de déplacements urbains…
dont bénéficieront certainement les petits clubs sportifs et qui
font vivre l’économie du BTP et autres emplois dérivés. Si
toutes les nations peuvent ainsi avoir l’occasion de présenter
leurs athlètes au monde entier…Cela se mesure-t-il en livres
dépensés ?
Venons-en à mon propos et mon coup de
gueule du jour qui est l’absence totale de diffusion des jeux
paralympiques. Je suis déjà effarée de voir que notre pays cache
ses handicapés et par là rend insupportable à beaucoup de
(petites) gens le fait même d’en croiser dans la rue ou dans le
supermarché. Sans m’attarder sur ceux (devenus de plus en plus
rares) qui utilisent leurs places réservées. Ou ces archis,
urbanistes notamment, qui ne pensent pas à l’accessibilité de
certains endroits aussi banaux que les trottoirs. (et oui, quand
vous vous garez sur un trottoir pour ne pas gêner la circulation
automobile, vous en empêchez le passage à certaines personnes).
Et donc, les jeux paralympiques dont
les athlètes réalisent des performances bien plus importantes que
les valides ne rencontrent aucunes retombées médiatiques (j’ai
passé plus de 20 minutes sur internet à chercher les résultats,
diffusions et autres détails concernant le ping-pong par exemple,
et, rien !! et ça, c’est moche, voilà !!
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