Avant tout je dois avouer que j'ai toujours eu de mal avec les histoires du Rageux sur la permanence dans l'histoire des peuples, les réflexes et structures héritées, la foi en une psyché collective qui traverserait les siècles. Il m'est déjà difficile de lire une quelconque cohérence dans la personnalité des individus, un schéma directeur qui expliquerait le déroulement de leur vie, alors imaginez pour la personnalité de sociétés entières.
Et pourtant...
Hier, pour la grève générale, Madrid c'était le pays des bisounours et Barcelone a brûlé. Encore une fois.
Barcelone, c'est el seny i la rauxa (le bon sens et la rage). La ville espagnole qui regarde le plus vers l'Europe, vers le Nord, qui se veut apaisée, policée et industrieuse, brûle régulièrement.
Les premières révoltes ouvrières ? Barcelone, 1840. La capitale catalane finit bombardée par le général progressiste Espartero, l'ancien héros du peuple, qui ouvre la mode de tirer sur la plaine depuis Montjuïch. Puis c'est la Semana Tràgica, en 1909. Dans le port, les jeunes refusent d'être enrôlés dans l'armée et d'embarquer pour le Maroc pour aller défendre les mines de Tétouan de M. Perellada ou de M. Puig. S'ensuit un mois de barricades, les couvents brûlent, les nonnes sont violées, les cimetières profanés, sur les Ramblas on danse avec les cadavres des anciennes mères supérieures. Même chanson pendant la guerre civile. Dès 1936, alors que Madrid, à quelques kilomètres du front, résiste unie aux bombardements fascistes, souffrant du froid et de la faim, à Barcelone, le peuple s'installe dans les grosses villas des beaux quartiers pour y faire la fête et des partouzes. Le temps des cerises. Quelques mois plus tard, anarchistes, staliniens et trotskistes dressent des barricades et se tirent dessus sur les Ramblas, mettant un point final au temps des cerises et aux possibilités de la République de survivre.
Voilà pour l'historique. Force est de constater que les choses n'ont pas beaucoup changé. On voyait bien ce clivage l'année dernière pendant le printemps des indignés. En gros, le campement de Madrid, bien plus modéré, avait beaucoup de mal à établir des positions communes avec le campement de Barcelone, où on sentait bien davantage des forces sous-yacentes qui avançaient masquées. Une sorte de Cluedo grandeur nature, où les AG et les commissions, bien qu'apolitiques en surface, étaient autant de parcelles de pouvoir où placer des pions pour tirer la couverture vers ses intérêts.
Et on arrive à la journée d'hier. Deux grosses villes qui se ressemblent énormément. Une participation similaire. D'après les organisateurs, 800 000 manifestants dans chacune. D'après el País, 275 000 à Barcelone, 180 000 à Madrid. D'après la Police, trois touristes et un chien égarés sur le Passeig de Gracia. Dans les deux villes, deux marches, l'une officielle, convoquée par les gros syndicats, l'autre alternative, convoquée par un mélange de syndicats anarchisants et d'indignés. À Madrid, la marche alternative est arrivée à Sol, l'a rempli jusqu'au petit matin, a fait gentiment la fête, a lu un manifeste et fait un semblant d'AG. Dix mille personnes entrain de voter et de s'autocongratuler. À Barcelone, la marche Alternative est arrivée à Catalunya et a semé le chaos dans les environs. Barricades en feu, jets de projectiles et fracassages de voitures de police un peu partout. Rajoutez à cela qu'a quelques centaines de mètres il y avait un demi million de personnes (dont moi) qui tentait de rentrer chez eux, à pied puisqu'il n'y avait pas de métro. Des familles avec leur poussette qui se retrouvent à courir à mes côtés puisque tout le monde court un peu partout, qu'on est grégaires, et que même si on les voit pas (et on va pas se retourner pour les voir) on entend les flashballs très près. Fascination du chaos. Même si on a peur, on ne peut pas s'empêcher de trainer un peu dans les zones chaudes lorsqu'on les traverse (au lieu de les contourner). Arrivés enfin aux ruelles du Raval, on a tort de se croire à l'abri. Juste quand un babos déclare que les flics ne rentreront jamais dans la vieille ville, une charge commence au bout de la rue. Nouvelle débandade avec le sentiment de rat pris au piège. Adrénaline. On rentre enfin à la maison, achetant au passage des bière chez le seul paki ouvert, histoire de digérer les émotions. C'est plus de mon âge de rester dehors, mais malgré le côté puéril et anti-productif, je ne peux que comprendre ces jeunes qui vont jouer à se faire peur pendant quelques heures encore.
vendredi 30 mars 2012
mercredi 28 mars 2012
J’ai passé une semaine chez les nazis
Vu les tartines indigestes de mes confrères, et néanmoins amis, précédant cette intervention, nous sommes toujours sevrés de nouveaux lecteurs...
Évidemment, il m'incombe d'affronter la lourde tâche d'éveiller un semblant d'intérêt pour ce blog imbécile.
Évidemment, il m'incombe d'affronter la lourde tâche d'éveiller un semblant d'intérêt pour ce blog imbécile.
Par conséquent, tous ceux s’égarant ici ne pouvant m'ignorer, je vais à nouveau parler de moi (à la demande générale de la foule -de 4 tribuns- en délire tellement avides de mon œuvre, pendus à mon souffle, assoiffés de mes moindres actes et prostrés devant tant de disposition au génie).
Comme vous le savez, donc, je rentre tout juste d’une semaine passée dans une contrée
longtemps objet de mes fantasmes adolescents, un pays responsable durant cette
période de ma vie de la très grande majorité de mes obsessions (le reste étant
évidemment dévolu à la pornographie), un Graal fluorescent, une chimère kawaii,
un monde délirant de contraste, une île de clichés, la patrie des otaku, des
cosplay, des kei car, des geishas, et des écolières en jupes, un lieu called le
Japon !
Comme beaucoup des crétins de mon âge ayant passé leur
adolescence dans les années 90, je me suis pris en pleine face le tsunami nippon de cette époque, submergé d’abord par les premières consoles de jeux vidéos (<3) et les dessins animés importés dans nos contrées sans imagination (et
sans pétrole).
Un monde fabuleux s’offrait à moi, et la lecture de mes
premiers magasines consacrés aux jeux vidéos, la prise de possession de ma
première game boy, résonnent en moi tout autant que mes premiers ébats amoureux
(dont nous reparlerons si vous voulez, mais ne doutez pas une seconde de ma
superbe).
Instantanément je suis devenu boulimique de tout ce qui
ressemblait de près ou de loin à cet univers, y consacrant ma vie entière,
traquant les boutiques parisiennes spécialisées de St Lazare à la recherche des derniers
jeux ou mangas improbables importés dans l’heure du bout du monde.
Tout ça n’est évidemment pas sans conséquence sur la santé
mentale d’un adolescent et il va de soi que grandir en passant ses nuits
devant Urotsukidoji, Shin Angel ou Hokuto no Ken à certainement bien plus
impacté ma personnalité que tous les cours d’histoire géographie de ma vie…
Bref, j’étais, au siècle dernier, passionné de tous ce que
le pays du soleil levant pouvait nous balancer à la tronche, et bien qu’ayant
depuis coupé le cordon avec mes passions adolescentes, j’ai toujours eu en
projet de fouler cette terre inconnue, objet de tant de passion.
C’est aujourd'hui chose faite et je m’en vais de ce pas vous abreuver du
récit passionnant de mes aventures en terre bridée (light…) !
Enfin, la
prochaine fois parce que là j’ai du taffe et que bon, il est temps que quelqu’un
ici sache tenir en haleine un lectorat improbable sinon en récitant du rêve, a minima en en promettant…
@+ donc
mardi 27 mars 2012
Les Verts ... de rage
Voilà un billet dont j'ai eu l'idée il y a de ça 8 jours. Et puis ce fut la tuerie toulousaine et les esprits se focalisèrent sur cela et rien d'autre. Je n'y reviens pas, d'autres l'ont brillamment fait ici même.
Maintenant que le méchant est mort, que le gros de l'orage est passé, qu'on attend encore les conséquences qui ne manqueront pas de retomber, la campagne, l'air presque de rien, a repris ses droits.
Il m'est donc revenu à l'esprit le propos que je voulais tenir.
Souvenez vous, il y a 8 jours, le 18 mars, une foule dense, immense et joyeuse arpentait les rues de l'Est parisien à l'appel du Front de Gauche et de son candidat Mélenchon afin de proclamer la nécessité d'une VIe République. 120 000 personnes selon les organisateurs. Du jamais vu depuis longtemps en période électorale.
Le souffle souverain de cet évènement n'aurait pas été coupé net par le sordide fait divers (mais révélateur?) que nous avons en mémoire, nous en aurions glosé longtemps. Nous n'aurions peut être pas fait cas des petites aigreurs et mesquineries qui s'exprimèrent alors en réaction à l'évènement.
Au premier rang parmi celle-ci, celles que fit jaillir la porte-parole d'Europe-Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, sur les ondes d'Europe 1, le matin même de la manifestation, qui a peut être trouvé là plus intéressant à faire plutôt que de soutenir sa candidate attaquée de toutes parts y compris et surtout depuis son propre parti.
Alors évidemment je ne vais retenir, victime des médias sélectifs que je suis, que la petite phrase, celle précisément fabriquée pour être diffusée, répétée et ressassée à l'envi quitte à faire fi du reste du propos, lequel a tenu à dénier la légitimité du Front de Gauche de chasser sur les terres écologistes...nous avons le monopole du développement durable M. Mélenchon.
Cette phrase qui me fit réagir, la voici telle que je l'ai partiellement retrouvée sur le web:
Mais amoureux du verbe et de la dialectique que je suis, je ne me refuserai pas le plaisir de parvenir à ce point fatal au moyen d'une franche et implacable démonstration qui, je n'en doute, épatera la galerie, gagnera les cœurs, les esprits et retentira de la force morale du souverain anonyme face à la bêtise consommée des hommes et des femmes politiques.
Passons rapidement sur la pique féministe qui exploite une imagerie de beauf machiste qu'on peut accoler à Mélenchon. Les femmes qui l'entourent au Front de Gauche ou au PCF (qui fut si je ne m'abuse, le premier parti à se doter d'un secrétaire général féminin) apprécieront mais à la rigueur...passons. Là n'est pas l'essentiel. On pourrait lui reprocher de ne pas être arabe ou pédé ou franc-mac...ah si, pardon ça il l'est.
Mélenchon ferait de la politique dans le rétroviseur donc. La mythologie de la Révolution française, l'Histoire, les symboles révolutionnaires, la Bastille, la Commune, tout ça, c'est vieux, c'est du passé, révolu. S'y référer relève d'un archaïsme grossier, d'une nostalgie contestable (car mythique) et sulfureuse, d'un état d'esprit adolescent naïf et utopique qui demanderait à mûrir et à devenir raisonnable, bref, en somme, d'une conception antique de la politique qui nous renverrait à des temps obscurs heureusement finis à jamais. Evoquer la Révolution française ou la geste historique de la gauche reviendrait à se satisfaire d'une galoche maladroite sur fond de Jeux Interdits (tout aussi maladroits) à la Baule-les-pins.
Du coup par opposition, elle, et son mouvement sont les représentants de la Modernité, celle qui ne fait plus cas du passé, de ses leçons et des ses pesanteurs et qui se tourne résolument vers l'avenir. La Gauche moderne quoi. Y'a un mec qui a parlé comme ça un jour, il s'appelait Tony Blair.
Le propos de Duflot n'est pas seulement stupide, il est en plus parfaitement révélateur, outre de l'aigreur de se trouver dans une impasse politique totale après s'être lié pieds et poings au Parti Socialiste, d'une fracture de plus en plus nette du paysage politique français et européen. Et en cela, je pense compléter, d'une certaine façon, les réflexions de notre ami Ataru.
Car enfin, ne sont-ils pas la version tiède de l'idéologie libérale qui ne se vit que dans un présent perpétuel, dans la continuité d'une évolution linéaire vers le mieux et le progrès, au pays merveilleux où l'histoire a pris fin ? Si, parfaitement. Cela traduit du reste ce qu'est devenu ce parti Vert dont Mme Duflot, parfaite inconnue jusqu'alors, a hérité de la direction. Une succursale libertarisante et écolo du Parti Socialiste, un parti structuré par et pour une bourgeoisie et une petite-bourgeoisie libérale mondialisée, ou européanisée, insouciante, gavée de culture soporifique, aveuglée par la croyance niaise en la justesse de ses points de vue "progressistes"et soucieux de l'environnement, coupée des bases populaires de la gauche et des références historiques qui, précisément, fondent les liens étroits autorisant l'union des classes moyennes et des classes populaires. Ces gens là n'ont que faire de l'Histoire puisqu'ils n'ont pas d'attache à entretenir, pas de luttes à mener, leur éthique de vie n'en a pas besoin, soit qu'elle soit individualiste, soit que le pouvoir dont ils occupent les zones frontalières leur convient au fond très bien tel qu'il est. Voilà ce que m'évoque Duflot lorsqu'elle s'exprime ainsi. Comme quoi, d'un filet de fiel pathétique il est possible de tirer de larges conclusions.
Le propos de Duflot est au fond révélateur de la perdition dans laquelle se situe cette gauche-là et dans laquelle les Verts ont fait le choix d'entrer alors que d'autres solutions leur étaient sans doute possibles. Elles avaient cependant sans doute l'inconvénient d'offrir moins de postes, de municipalités et de sièges d'élus en tout genre. Le résultat est à l'image du ridicule score de leur candidate à qui on aurait souhaité un autre destin que le ridicule qui l'attend. Il faut admirer le pathétique de la situation. De ces Verts oublieux ( et qui certes pour des raisons historiques ne furent pas les spécialistes de la référence marxisto-républicaine ), de ce parti socialiste si nul, tellement nul, plat, attendu et convenu, qu'il ne parvient pas à créer de l'enthousiasme et de l'adhésion franche autour de son candidat, drapé dans un pantomime forcé d'homme d'Etat responsable, autrement que par la peur du péril brun et par détestation du sarkozysme honni, tellement il a perdu les réflexes et les références historiques du courant dont pourtant il usurpe l'identité.
Et du reste qu'est-il de plus éloigné que la Commune de ces incultes pontifiants sur une pensée vaine et satisfaite ? De ces aigres calculateurs qui sauront toujours quand il le faudra jouer sur la peur de la plèbe et la mesquinerie du populaire comme ils l'ont fait par le passé, quand il a fallu excuser un vote négatif à un référendum ou condamner des violences urbaines intolérables ? Âmes de veules Versaillais qu'ils sont (à cet instant votre chroniqueur se fait lyrique), ils laisseront les réactionnaires écraser le peuple en soufflant à peine une vague indignation pour mieux prendre leur place quand il ne restera plus rien qu'un champ de ruines des utopies. Ne pas se reconnaître de filiation c'est sans doute pire que d'user de quelque schéma par trop facile car c'est avouer sa résignation et son renoncement ! C'est du reste explicite : les mythes de la gauche c'est la tocade adolescente, comme on espère pour elle qu'elle est passée à autre chose depuis sa première pelle, Cécile Duflot s'est résignée à les abandonner. Puissant syllogisme.
Car attention, je dis incultes, mais Mme Duflot sait les choses de l'Histoire, elle a des lettres, elle a fait des études, elle est au courant du passé. Mais tout cela est neutre, peut être objectif pour elle, tout cela n'a rien à faire, ni à voir avec la politique qui doit selon elle se jouer sur des propositions concrètes et des éléments raisonnables et circonstanciés et pas sur des chimères folkloriques. Affirmer l'opposition de deux attitudes est aussi idiot que de se gargariser à grands coups de mythologie et d'imagerie révolutionnaire comme le font certains autres. Ce qui perce là dessous c'est la reformulation du fameux procès foireux en "populisme" qui n'a pas résisté bien longtemps à une analyse sémantique et historique un peu poussée et qui a surtout révélé les impensés démocratiques des soi-disant démocrates. Mais ce qu'elle oublie ce faisant c'est que la question du choix politique ne peut se résumer à la somme des choix rationnels d'individus mesurés et bien informés mais qu'il est affaire de sens et de projet collectif et donc de référence à un passé commun, qui, s'il est bien organisé, a un pouvoir évocateur très large quoi qu'on pense de la validité et de la pertinence de ces mythes. Le "vivre ensemble " débute là. Pour le reste, on peut causer. Pauvre bouffonne.
A titre personnel, je n'ai que méfiance pour les transfuges du PS ou les vieux ressorts staliniens et bureaucrates du PCF, je me méfie fort de leurs tribulations électoralistes, mais ils ont au moins la franchise du verbe et la profondeur des mythes agissants. Populisme ? Oui. Et alors ? Vous préférez les technocrates ?
La presse, devenue tout à coup curieuse et pleine de sollicitudes, comme un essaim d'abeilles sur un bouquet de lavande se rue et ne tarit plus d'éloge sur la "profonde dynamique" qui porterait le candidat Mélenchon. Et de décliner les facteurs explicatifs de son succès.
Mais à tout bien réfléchir. Ce succès ne serait-il pas plutôt dû au boulevard que Mélenchon et le Front de Gauche ont libre à gauche devant eux, et ont eu la lucidité d'entreprendre sans doute, quand la pseudo-gauche se cantonne sur les trottoirs encombrés des atermoiements, des hésitations coupables, des fulgurances masquant des vides conceptuels, des précautionneuses nuances, des oui-mais, des prudences, des leçons de "réalisme" et des appels à la raison écologique. N'est-ce pas aussi la nullité des uns qui participe du succès des autres ? N'est ce pas le vide béant laissé par le Parti Socialiste, autrefois lui aussi friand de ces envolées et références historiques qui font, en partie, le succès du Front de Gauche ? N'est ce pas le pathétique de la social-démocratie européenne, gestionnaire et résignée qui s'affirme là, manifestant, voire revendiquant son impuissance mais persévérant dans son être, à l'image de la mouche bleue contre la vitre fermée telle que j'en avais une tout à l'heure chez moi (et que j'eus pourtant peine à écraser comme une merde) ? Duflot nous rejoue une pièce déjà donnée cent fois, mille fois...à peine l'entend-on tellement son propos qui se voudrait novateur n'est pas audible, pour des raisons qu'elle se refusera, au moins publiquement, à entendre. Mais peut être est-ce plus grave et a-t-on devant nous le spectacle d'une inaptitude intellectuelle totale à penser et analyser une situation politique donnée autrement qu'au prisme d'une grammaire politique obsolète.
Il n'est alors même pas utile d'encourager cette "gauche" à prendre exemple sur les ficelles et poulies, pour certaines forts grossières peut être, utilisées par Mélenchon et sa bande, sorte de pot-pourri efficace des mythes et idées de la gauche du XXe siècle (mais la gauche a-t-elle jamais fonctionné autrement qu'ainsi ?). Ils en sont désormais incapables car intellectuellement, philosophiquement trop éloignés. Le fossé s'est mué en océan d'incompréhension et c'est peut être tant mieux.
Cécile Duflot est une crétine, certes mais n'est-elle pas condamnée à le demeurer ? Vaut-elle la peine qu'on fasse encore attention à elle ? Passons à autre chose je vous prie.
Maintenant que le méchant est mort, que le gros de l'orage est passé, qu'on attend encore les conséquences qui ne manqueront pas de retomber, la campagne, l'air presque de rien, a repris ses droits.
Il m'est donc revenu à l'esprit le propos que je voulais tenir.
Souvenez vous, il y a 8 jours, le 18 mars, une foule dense, immense et joyeuse arpentait les rues de l'Est parisien à l'appel du Front de Gauche et de son candidat Mélenchon afin de proclamer la nécessité d'une VIe République. 120 000 personnes selon les organisateurs. Du jamais vu depuis longtemps en période électorale.
Le souffle souverain de cet évènement n'aurait pas été coupé net par le sordide fait divers (mais révélateur?) que nous avons en mémoire, nous en aurions glosé longtemps. Nous n'aurions peut être pas fait cas des petites aigreurs et mesquineries qui s'exprimèrent alors en réaction à l'évènement.
Au premier rang parmi celle-ci, celles que fit jaillir la porte-parole d'Europe-Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, sur les ondes d'Europe 1, le matin même de la manifestation, qui a peut être trouvé là plus intéressant à faire plutôt que de soutenir sa candidate attaquée de toutes parts y compris et surtout depuis son propre parti.
Alors évidemment je ne vais retenir, victime des médias sélectifs que je suis, que la petite phrase, celle précisément fabriquée pour être diffusée, répétée et ressassée à l'envi quitte à faire fi du reste du propos, lequel a tenu à dénier la légitimité du Front de Gauche de chasser sur les terres écologistes...nous avons le monopole du développement durable M. Mélenchon.
Cette phrase qui me fit réagir, la voici telle que je l'ai partiellement retrouvée sur le web:
"Jean-Luc Mélenchon fait une chose assez intéressante, il fait de la politique avec un rétroviseur (...) la Bastille, la Commune, il y a un petit côté nostalgique sympa, les moments où il y a avait des grands tribuns et puis d'ailleurs il n'y avait pas de femmes, c'était plus pratique." (...)"Si vous pensez à votre première histoire d'amour, en 3e sur la plage... Il y a quelque chose comme ça chez Jean-Luc Mélenchon".Ami lecteur/lectrice, tu commences à me connaître et tu vois peut être déjà où je veux en venir. Oui, certes. Ma conclusion finale risque fort de ressembler à quelque chose comme : Cécile Duflot est une crétine finie. C'est cela même.
Mais amoureux du verbe et de la dialectique que je suis, je ne me refuserai pas le plaisir de parvenir à ce point fatal au moyen d'une franche et implacable démonstration qui, je n'en doute, épatera la galerie, gagnera les cœurs, les esprits et retentira de la force morale du souverain anonyme face à la bêtise consommée des hommes et des femmes politiques.
Passons rapidement sur la pique féministe qui exploite une imagerie de beauf machiste qu'on peut accoler à Mélenchon. Les femmes qui l'entourent au Front de Gauche ou au PCF (qui fut si je ne m'abuse, le premier parti à se doter d'un secrétaire général féminin) apprécieront mais à la rigueur...passons. Là n'est pas l'essentiel. On pourrait lui reprocher de ne pas être arabe ou pédé ou franc-mac...ah si, pardon ça il l'est.
Mélenchon ferait de la politique dans le rétroviseur donc. La mythologie de la Révolution française, l'Histoire, les symboles révolutionnaires, la Bastille, la Commune, tout ça, c'est vieux, c'est du passé, révolu. S'y référer relève d'un archaïsme grossier, d'une nostalgie contestable (car mythique) et sulfureuse, d'un état d'esprit adolescent naïf et utopique qui demanderait à mûrir et à devenir raisonnable, bref, en somme, d'une conception antique de la politique qui nous renverrait à des temps obscurs heureusement finis à jamais. Evoquer la Révolution française ou la geste historique de la gauche reviendrait à se satisfaire d'une galoche maladroite sur fond de Jeux Interdits (tout aussi maladroits) à la Baule-les-pins.
Du coup par opposition, elle, et son mouvement sont les représentants de la Modernité, celle qui ne fait plus cas du passé, de ses leçons et des ses pesanteurs et qui se tourne résolument vers l'avenir. La Gauche moderne quoi. Y'a un mec qui a parlé comme ça un jour, il s'appelait Tony Blair.
Le propos de Duflot n'est pas seulement stupide, il est en plus parfaitement révélateur, outre de l'aigreur de se trouver dans une impasse politique totale après s'être lié pieds et poings au Parti Socialiste, d'une fracture de plus en plus nette du paysage politique français et européen. Et en cela, je pense compléter, d'une certaine façon, les réflexions de notre ami Ataru.
Car enfin, ne sont-ils pas la version tiède de l'idéologie libérale qui ne se vit que dans un présent perpétuel, dans la continuité d'une évolution linéaire vers le mieux et le progrès, au pays merveilleux où l'histoire a pris fin ? Si, parfaitement. Cela traduit du reste ce qu'est devenu ce parti Vert dont Mme Duflot, parfaite inconnue jusqu'alors, a hérité de la direction. Une succursale libertarisante et écolo du Parti Socialiste, un parti structuré par et pour une bourgeoisie et une petite-bourgeoisie libérale mondialisée, ou européanisée, insouciante, gavée de culture soporifique, aveuglée par la croyance niaise en la justesse de ses points de vue "progressistes"et soucieux de l'environnement, coupée des bases populaires de la gauche et des références historiques qui, précisément, fondent les liens étroits autorisant l'union des classes moyennes et des classes populaires. Ces gens là n'ont que faire de l'Histoire puisqu'ils n'ont pas d'attache à entretenir, pas de luttes à mener, leur éthique de vie n'en a pas besoin, soit qu'elle soit individualiste, soit que le pouvoir dont ils occupent les zones frontalières leur convient au fond très bien tel qu'il est. Voilà ce que m'évoque Duflot lorsqu'elle s'exprime ainsi. Comme quoi, d'un filet de fiel pathétique il est possible de tirer de larges conclusions.
Le propos de Duflot est au fond révélateur de la perdition dans laquelle se situe cette gauche-là et dans laquelle les Verts ont fait le choix d'entrer alors que d'autres solutions leur étaient sans doute possibles. Elles avaient cependant sans doute l'inconvénient d'offrir moins de postes, de municipalités et de sièges d'élus en tout genre. Le résultat est à l'image du ridicule score de leur candidate à qui on aurait souhaité un autre destin que le ridicule qui l'attend. Il faut admirer le pathétique de la situation. De ces Verts oublieux ( et qui certes pour des raisons historiques ne furent pas les spécialistes de la référence marxisto-républicaine ), de ce parti socialiste si nul, tellement nul, plat, attendu et convenu, qu'il ne parvient pas à créer de l'enthousiasme et de l'adhésion franche autour de son candidat, drapé dans un pantomime forcé d'homme d'Etat responsable, autrement que par la peur du péril brun et par détestation du sarkozysme honni, tellement il a perdu les réflexes et les références historiques du courant dont pourtant il usurpe l'identité.
Et du reste qu'est-il de plus éloigné que la Commune de ces incultes pontifiants sur une pensée vaine et satisfaite ? De ces aigres calculateurs qui sauront toujours quand il le faudra jouer sur la peur de la plèbe et la mesquinerie du populaire comme ils l'ont fait par le passé, quand il a fallu excuser un vote négatif à un référendum ou condamner des violences urbaines intolérables ? Âmes de veules Versaillais qu'ils sont (à cet instant votre chroniqueur se fait lyrique), ils laisseront les réactionnaires écraser le peuple en soufflant à peine une vague indignation pour mieux prendre leur place quand il ne restera plus rien qu'un champ de ruines des utopies. Ne pas se reconnaître de filiation c'est sans doute pire que d'user de quelque schéma par trop facile car c'est avouer sa résignation et son renoncement ! C'est du reste explicite : les mythes de la gauche c'est la tocade adolescente, comme on espère pour elle qu'elle est passée à autre chose depuis sa première pelle, Cécile Duflot s'est résignée à les abandonner. Puissant syllogisme.
Car attention, je dis incultes, mais Mme Duflot sait les choses de l'Histoire, elle a des lettres, elle a fait des études, elle est au courant du passé. Mais tout cela est neutre, peut être objectif pour elle, tout cela n'a rien à faire, ni à voir avec la politique qui doit selon elle se jouer sur des propositions concrètes et des éléments raisonnables et circonstanciés et pas sur des chimères folkloriques. Affirmer l'opposition de deux attitudes est aussi idiot que de se gargariser à grands coups de mythologie et d'imagerie révolutionnaire comme le font certains autres. Ce qui perce là dessous c'est la reformulation du fameux procès foireux en "populisme" qui n'a pas résisté bien longtemps à une analyse sémantique et historique un peu poussée et qui a surtout révélé les impensés démocratiques des soi-disant démocrates. Mais ce qu'elle oublie ce faisant c'est que la question du choix politique ne peut se résumer à la somme des choix rationnels d'individus mesurés et bien informés mais qu'il est affaire de sens et de projet collectif et donc de référence à un passé commun, qui, s'il est bien organisé, a un pouvoir évocateur très large quoi qu'on pense de la validité et de la pertinence de ces mythes. Le "vivre ensemble " débute là. Pour le reste, on peut causer. Pauvre bouffonne.
A titre personnel, je n'ai que méfiance pour les transfuges du PS ou les vieux ressorts staliniens et bureaucrates du PCF, je me méfie fort de leurs tribulations électoralistes, mais ils ont au moins la franchise du verbe et la profondeur des mythes agissants. Populisme ? Oui. Et alors ? Vous préférez les technocrates ?
La presse, devenue tout à coup curieuse et pleine de sollicitudes, comme un essaim d'abeilles sur un bouquet de lavande se rue et ne tarit plus d'éloge sur la "profonde dynamique" qui porterait le candidat Mélenchon. Et de décliner les facteurs explicatifs de son succès.
Mais à tout bien réfléchir. Ce succès ne serait-il pas plutôt dû au boulevard que Mélenchon et le Front de Gauche ont libre à gauche devant eux, et ont eu la lucidité d'entreprendre sans doute, quand la pseudo-gauche se cantonne sur les trottoirs encombrés des atermoiements, des hésitations coupables, des fulgurances masquant des vides conceptuels, des précautionneuses nuances, des oui-mais, des prudences, des leçons de "réalisme" et des appels à la raison écologique. N'est-ce pas aussi la nullité des uns qui participe du succès des autres ? N'est ce pas le vide béant laissé par le Parti Socialiste, autrefois lui aussi friand de ces envolées et références historiques qui font, en partie, le succès du Front de Gauche ? N'est ce pas le pathétique de la social-démocratie européenne, gestionnaire et résignée qui s'affirme là, manifestant, voire revendiquant son impuissance mais persévérant dans son être, à l'image de la mouche bleue contre la vitre fermée telle que j'en avais une tout à l'heure chez moi (et que j'eus pourtant peine à écraser comme une merde) ? Duflot nous rejoue une pièce déjà donnée cent fois, mille fois...à peine l'entend-on tellement son propos qui se voudrait novateur n'est pas audible, pour des raisons qu'elle se refusera, au moins publiquement, à entendre. Mais peut être est-ce plus grave et a-t-on devant nous le spectacle d'une inaptitude intellectuelle totale à penser et analyser une situation politique donnée autrement qu'au prisme d'une grammaire politique obsolète.
Il n'est alors même pas utile d'encourager cette "gauche" à prendre exemple sur les ficelles et poulies, pour certaines forts grossières peut être, utilisées par Mélenchon et sa bande, sorte de pot-pourri efficace des mythes et idées de la gauche du XXe siècle (mais la gauche a-t-elle jamais fonctionné autrement qu'ainsi ?). Ils en sont désormais incapables car intellectuellement, philosophiquement trop éloignés. Le fossé s'est mué en océan d'incompréhension et c'est peut être tant mieux.
Cécile Duflot est une crétine, certes mais n'est-elle pas condamnée à le demeurer ? Vaut-elle la peine qu'on fasse encore attention à elle ? Passons à autre chose je vous prie.
lundi 26 mars 2012
Arriba parias de la tierra, debout les forçats de la faim !
Toulouse, point à la ligne.
Car désormais c'est clair : on rentre dans un autre cycle politique. C'est confus, ça fait peur, on ne sait plus où on va. Les lignes bougent à droite, les recettes xénophobes font fortune largement au-delà des cercles extrémistes.
Mais les lignes bougent à gauche aussi. Les dinosaures communistes en voie d'extinction se retrouvent une deuxième jeunesse. On avait réussit à les ringardiser, à déclarer les thématiques qu'ils portaient complètement dépassées, l'actualité financière mondiale les remet dans la course. C'est l''hégémonie de la troisième voie et de la social-démocratie mode 1989-2008 qui aujourd'hui prend un coup de vieux.
Petit tour d'horizon en Europe, dans un amalgame honteux de politiciens de traditions très différentes, qui me vaudrait les foudres de l'orthodoxie léniniste et/ou trotskyste mais qui prétend simplement prendre le pouls d'une opinion publique pour qui la critique du capitalisme financier est redevenu un sujet vendeur.
Passons vite sur la Grèce, cas trop particulier pour être illustratif. N'empêche, les dernières projections donnent les forces de gauche hors socialistes à 40 %, et les communistes tous seuls à 20 %. Espérons que tout ça ne finisse pas par un beau coup d'état militaire...
En Italie, au siège du centriste PD, on doit maudire le jour où un jeune communicant cool a eu l'idée d'ouvrir des primaires à gauche. Jour après jour, les candidats officiels et parachutés se font battre par des outsiders ou alors des proches de Vendola, le président des Pouilles, sorte de Mélenchon local, présenté comme populiste et ex-communiste. Et c'est ces outsiders là qui ont parvenu en 2010 à ravir à la droite les mairies de Milan et de Naples, réussissant le double exploit d'humilier à la fois Berlusconi et le PD.
En France, le dernier sondage BVA donne Mélenchon à 14 %. What else?
Et l'Espagne m'a donné la petite joie du week-end.
Pourtant tout était prêt à Genova, le siège du Parti Populaire. Les dernières déclarations de leur porte-parole faisaient état d'une confiance sans faille : les andalous allaient leur donner la majorité absolue qui allait consacrer leur hégémonie totale sur la péninsule et donner l'estocade définitive à un PSOE agonisant, en leur ravissant leur dernier bastion et la communauté autonome la plus peuplée (10 millions d'habitants).
Et en effet, le PSOE était bien mal en point, usé par 8 ans de Zapaterisme (dont les 4 derniers chaotiques) et 30 ans de pouvoir local ininterrompu, avec son lot de clientélisme et corruption. Le cas le plus folklorique, celui du responsable du plan andalous d'aides à la pré-retraite, qui dépensait avec son chauffeur 25 000 euros en coke par semaine. Rajoutez à cela le taux espagnol le plus élevé de chômage, avec 31% de la population, et des résultats historiques il y a 4 mois (49 %, du jamais vu en Andalousie), on comprend aisément que la droite bandait dur.
Et ils ont pris leur précautions. Pour que rien n'entrave l'éclat de leur victoire, le budget 2012 n'a pas encore été voté en Espagne (je me demande d'ailleurs comment les administrations peuvent fonctionner sans savoir de combien d'argent elles peuvent disposer). Mot d'ordre à Genova : d'abord l'Andalousie, puis le budget. Et Merkel exaspérée...
Et pourtant...
En 4 mois, la droite a perdu 9 points. La majorité absolue est très loin. On ne boudera pas notre plaisir en voyant comment ils refermaient les caisses de champagne à Genova. Les communistes, entretemps, ont doublé leur score. Résultat définitif : 12 %. Ils ont désormais le choix entre sauver un PSOE moribond ou faire comme en Extrémadure, où après des jours de tractations, ils ont refusé le gouvernement de coalition, laissant gouverner la droite, mais affichant aux yeux de l'opinion publique une indépendance retrouvée et brisant leur image de parti satellite.
Prochain round, dans trois jours, avec la première grève générale de l'ère Rajoy.
Car désormais c'est clair : on rentre dans un autre cycle politique. C'est confus, ça fait peur, on ne sait plus où on va. Les lignes bougent à droite, les recettes xénophobes font fortune largement au-delà des cercles extrémistes.
Mais les lignes bougent à gauche aussi. Les dinosaures communistes en voie d'extinction se retrouvent une deuxième jeunesse. On avait réussit à les ringardiser, à déclarer les thématiques qu'ils portaient complètement dépassées, l'actualité financière mondiale les remet dans la course. C'est l''hégémonie de la troisième voie et de la social-démocratie mode 1989-2008 qui aujourd'hui prend un coup de vieux.
Petit tour d'horizon en Europe, dans un amalgame honteux de politiciens de traditions très différentes, qui me vaudrait les foudres de l'orthodoxie léniniste et/ou trotskyste mais qui prétend simplement prendre le pouls d'une opinion publique pour qui la critique du capitalisme financier est redevenu un sujet vendeur.
Passons vite sur la Grèce, cas trop particulier pour être illustratif. N'empêche, les dernières projections donnent les forces de gauche hors socialistes à 40 %, et les communistes tous seuls à 20 %. Espérons que tout ça ne finisse pas par un beau coup d'état militaire...
En Italie, au siège du centriste PD, on doit maudire le jour où un jeune communicant cool a eu l'idée d'ouvrir des primaires à gauche. Jour après jour, les candidats officiels et parachutés se font battre par des outsiders ou alors des proches de Vendola, le président des Pouilles, sorte de Mélenchon local, présenté comme populiste et ex-communiste. Et c'est ces outsiders là qui ont parvenu en 2010 à ravir à la droite les mairies de Milan et de Naples, réussissant le double exploit d'humilier à la fois Berlusconi et le PD.
En France, le dernier sondage BVA donne Mélenchon à 14 %. What else?
Et l'Espagne m'a donné la petite joie du week-end.
Pourtant tout était prêt à Genova, le siège du Parti Populaire. Les dernières déclarations de leur porte-parole faisaient état d'une confiance sans faille : les andalous allaient leur donner la majorité absolue qui allait consacrer leur hégémonie totale sur la péninsule et donner l'estocade définitive à un PSOE agonisant, en leur ravissant leur dernier bastion et la communauté autonome la plus peuplée (10 millions d'habitants).
Et en effet, le PSOE était bien mal en point, usé par 8 ans de Zapaterisme (dont les 4 derniers chaotiques) et 30 ans de pouvoir local ininterrompu, avec son lot de clientélisme et corruption. Le cas le plus folklorique, celui du responsable du plan andalous d'aides à la pré-retraite, qui dépensait avec son chauffeur 25 000 euros en coke par semaine. Rajoutez à cela le taux espagnol le plus élevé de chômage, avec 31% de la population, et des résultats historiques il y a 4 mois (49 %, du jamais vu en Andalousie), on comprend aisément que la droite bandait dur.
Et ils ont pris leur précautions. Pour que rien n'entrave l'éclat de leur victoire, le budget 2012 n'a pas encore été voté en Espagne (je me demande d'ailleurs comment les administrations peuvent fonctionner sans savoir de combien d'argent elles peuvent disposer). Mot d'ordre à Genova : d'abord l'Andalousie, puis le budget. Et Merkel exaspérée...
Et pourtant...
En 4 mois, la droite a perdu 9 points. La majorité absolue est très loin. On ne boudera pas notre plaisir en voyant comment ils refermaient les caisses de champagne à Genova. Les communistes, entretemps, ont doublé leur score. Résultat définitif : 12 %. Ils ont désormais le choix entre sauver un PSOE moribond ou faire comme en Extrémadure, où après des jours de tractations, ils ont refusé le gouvernement de coalition, laissant gouverner la droite, mais affichant aux yeux de l'opinion publique une indépendance retrouvée et brisant leur image de parti satellite.
Prochain round, dans trois jours, avec la première grève générale de l'ère Rajoy.
Et qu'on n'en parle plus...
Autant le dire en préambule: j'ai été secoué... Du coup, je ne voulais pas écrire sous le coup de l'émotion. Et puis qu'avais-je à partager mis à part a stupéfaction et mon désarroi? Les choses ne sont pas claires encore et le débat n'arrangera rien mais on peut déjà poser un certain nombre de choses...
Comme beaucoup, j'ai prié... J'espérais secrètement que ce serait un gars d'extrême droite et la piste des néo-nazis de Montauban m'avait fait croire à cette thèse. Peu importe me direz-vous... Mais il importe bien plus que vous ne sauriez l'imaginer. Un acte d’extrême droite c'était l'assurance de l'unité nationale, de la marginalisation des idées fascisantes et de la victoire certaine de la gauche à l'élection présidentielle au moins pour trois quinquennats... Un acte d'extrême droite aurait été imputé au climat social, politique, idéologique de l'époque. Allez savoir pourquoi, un acte qui se réclame de près ou de loin de l'Islam est imputé à la gauche iréniste, aux arabes fanatiques et à l'islam organiquement porté vers le meurtre. Un acte d’extrême droite est le fait de loups solitaires isolés et désaxés, un crime perpétré par un islamiste est le fruit d'une organisation internationale à la logistique sophistiquée, à de longues heures d'endoctrinement savant et à un plan concerté de longue date pour en finir avec notre Civilisation. Vous comprenez pourquoi j'ai prié.
La thèse de l'acte dément est claire même si elle peut se superposer à celle d'une instrumentalisation de cette faiblesse psychologique. S'il n'y avait pas eu la tuerie d'Ozar Atorah, tout aurait été plus simple. L'antisémitisme ne nous aide pas à y voir clair. Au milieu du salmigondis proféré par le tueur, il y a quelque chose qui me semble digne de foi: le meurtre des enfants n'était pas dans ses projets initiaux. Certes, cela ne ramènera pas les enfants, malheureusement, et cela ne soulagera pas non plus le chagrin des familles. Pire, le caractère gratuit et fortuit ajoute à l'horreur. J'ai manqué ma cible mais qu'à cela ne tienne, il y a toujours des enfants juifs sans défense pour ne pas perdre complètement ma journée. L'horreur! J'ajouterais aussi volontiers foi au fait qu'il prenait du plaisir à tuer. Biberonné, paraît-il, au jeux FPS et aux scènes de décapitation sur le net, vouant un culte plus grand à la Violence qu'à n'importe quel dieu, il a le profil de beaucoup de jeunes pour le coup qui peuplent notre beau pays. Il n'a pas pu trouver de débouché "légal" à toute cette violence puisque la Légion étrangère n'a pas voulu de lui. La Légion est d'ailleurs symptômatique de cet imaginaire viril-violent. Si on ajoute à cela les désordres de tous ordres qu'il a subis (délinquance, prison, hôpital psychiatrique, tentative de suicide par pendaison etc.) on a un cocktail détonnant... Son but c'était les militaires et les forces de l'ordre. Et il comptait bien reprendre son travail méthodique après cette "parenthèse". On peut même affiner et dire que son but initial c'était les militaires originaires du Maghreb. Pourquoi? J'oserais une hypothèse... Il est d'origine algérienne, son père est reparti en Algérie, on est en pleine commémoration des accords d'Evian, le problème des harkis a été remis sur le devant de la scène... Il y a de quoi enclencher le passage à l'acte dans un esprit embrumé. Il va tuer des arabes supplétifs, enrôlés dans l'armée ennemie, logique. Alors après je ne vais pas faire de hiérarchie et dire qu'il était plus anti-harkis qu'anti-juif... Ce serait débile et indigne. Il était sans aucun conteste les deux... et surtout fou. Ce qui est tout aussi idiot c'est, justement, de chercher une cohérence idéologique dans tout ce qu'il a dit. Certains pensent qu'il voulait brouiller les pistes et lui prêtent une intelligence qu'il n'a peut-être pas. Il déverse tout comme son homologue Hans Brevik un embrouillamini idéologique qui ne traduit que la folie mêlée au stress et à la panique qui se sont emparés de son esprit. Hans Brevik a écrit un testament fleuve, Mohamed Merah a déversé un flot continu de paroles incohérentes. Tenter de ne pas sous-estimer l'ennemi est une chose mais tentons aussi de ne pas le surestimer... On voit très bien les écueils vers lesquels nous emmènent les deux penchants.
L'instrumentalisation de ce fait-divers (car malgré tout ce qu'on peut en penser, on ne peut pas le qualifier autrement) par quelque bord que ce soit serait délétère. Pour parler de manière consensuelle, juifs et arabes (appelons-les comme ça puisque tout le monde nous y invite et puis ça prendrait des plombes si on voulait fiare preuve de précision et de nuance)sont égaux devant l'horreur. Des victimes juives et des victimes arabes sont tombées sous les mêmes balles et c'est très bien que les autorités musulmanes et les autorités juives se soient retrouvées, unies dans les mêmes défilés et dans la même condamnation ferme. Je saurais gré aux journalistes de ne pas répéter à toutes les phrases "Mohamed Merah" et d'user de substituts nominaux, pronominaux, périphrastiques pour le désigner. Cette répétition a quelque chose de malsain surtout quand on connaît l'appétence qu'ont les écoles de journalisme pour l'usage du dictionnaire des synonymes et pour le recours aux périphrases figées et aux catachrèses. Je saurais gré à Marine Le Pen de ne pas entrer dans un dialogue morbide avec le "tueur au scooter" en promettant de "mettre l'islamisme radical à genoux". Je saurais gré à M. Nicolas Sarkozy de ne pas profiter de l'émotion pour nous refourguer ses recettes sécuritaires et essayer de sauver une campagne qui s'engageait bien mal. Je saurais gré aux connards de tous poils de ne pas ériger ce dingue en héros d'on ne sait quelle cause ou en paradigme du danger qui nous mine de l'intérieur.
S'il est légitime de penser à la sécurité, il est aussi légitime de réfléchir à l'intégration. Il y a trois faces de l'intégration dans cette affaire. Il y a Mohamed Merah, né en France, sans conteste français et qui s'est vanté, nous rapporte-t-on avec délectation, d'avoir "mis la France à genoux". Il y a les soldats français "issus de la diversité" sans conteste possible français et qui combattent pour que la France se tienne debout et qui l'ont payé de leur vie même si c'est pas en situation de guerre (mais certains vous diront qu'on est en guerre intestine etc.). Et il y a le cas des écoles confessionnelles et communautaires qui proposent aussi un modèle d'intégration intermédiaire ou à l'anglo-saxonne. Quelque part et symboliquement Mohamed Merah s'est attaqué aux deux modèles d'intégration, même si ce n''était peut-être pas délibéré et conscient... Ces minorités visibles se retrouvent ainsi sous les feux croisés et nourris de tous les désaxés que la société peut compter. Ce qu'il faut surtout éviter c'est de les exposer davantage par des discours irresponsables qui les stigmatisent et les désignent pour de futures violences.
Comme beaucoup, j'ai prié... J'espérais secrètement que ce serait un gars d'extrême droite et la piste des néo-nazis de Montauban m'avait fait croire à cette thèse. Peu importe me direz-vous... Mais il importe bien plus que vous ne sauriez l'imaginer. Un acte d’extrême droite c'était l'assurance de l'unité nationale, de la marginalisation des idées fascisantes et de la victoire certaine de la gauche à l'élection présidentielle au moins pour trois quinquennats... Un acte d'extrême droite aurait été imputé au climat social, politique, idéologique de l'époque. Allez savoir pourquoi, un acte qui se réclame de près ou de loin de l'Islam est imputé à la gauche iréniste, aux arabes fanatiques et à l'islam organiquement porté vers le meurtre. Un acte d’extrême droite est le fait de loups solitaires isolés et désaxés, un crime perpétré par un islamiste est le fruit d'une organisation internationale à la logistique sophistiquée, à de longues heures d'endoctrinement savant et à un plan concerté de longue date pour en finir avec notre Civilisation. Vous comprenez pourquoi j'ai prié.
La thèse de l'acte dément est claire même si elle peut se superposer à celle d'une instrumentalisation de cette faiblesse psychologique. S'il n'y avait pas eu la tuerie d'Ozar Atorah, tout aurait été plus simple. L'antisémitisme ne nous aide pas à y voir clair. Au milieu du salmigondis proféré par le tueur, il y a quelque chose qui me semble digne de foi: le meurtre des enfants n'était pas dans ses projets initiaux. Certes, cela ne ramènera pas les enfants, malheureusement, et cela ne soulagera pas non plus le chagrin des familles. Pire, le caractère gratuit et fortuit ajoute à l'horreur. J'ai manqué ma cible mais qu'à cela ne tienne, il y a toujours des enfants juifs sans défense pour ne pas perdre complètement ma journée. L'horreur! J'ajouterais aussi volontiers foi au fait qu'il prenait du plaisir à tuer. Biberonné, paraît-il, au jeux FPS et aux scènes de décapitation sur le net, vouant un culte plus grand à la Violence qu'à n'importe quel dieu, il a le profil de beaucoup de jeunes pour le coup qui peuplent notre beau pays. Il n'a pas pu trouver de débouché "légal" à toute cette violence puisque la Légion étrangère n'a pas voulu de lui. La Légion est d'ailleurs symptômatique de cet imaginaire viril-violent. Si on ajoute à cela les désordres de tous ordres qu'il a subis (délinquance, prison, hôpital psychiatrique, tentative de suicide par pendaison etc.) on a un cocktail détonnant... Son but c'était les militaires et les forces de l'ordre. Et il comptait bien reprendre son travail méthodique après cette "parenthèse". On peut même affiner et dire que son but initial c'était les militaires originaires du Maghreb. Pourquoi? J'oserais une hypothèse... Il est d'origine algérienne, son père est reparti en Algérie, on est en pleine commémoration des accords d'Evian, le problème des harkis a été remis sur le devant de la scène... Il y a de quoi enclencher le passage à l'acte dans un esprit embrumé. Il va tuer des arabes supplétifs, enrôlés dans l'armée ennemie, logique. Alors après je ne vais pas faire de hiérarchie et dire qu'il était plus anti-harkis qu'anti-juif... Ce serait débile et indigne. Il était sans aucun conteste les deux... et surtout fou. Ce qui est tout aussi idiot c'est, justement, de chercher une cohérence idéologique dans tout ce qu'il a dit. Certains pensent qu'il voulait brouiller les pistes et lui prêtent une intelligence qu'il n'a peut-être pas. Il déverse tout comme son homologue Hans Brevik un embrouillamini idéologique qui ne traduit que la folie mêlée au stress et à la panique qui se sont emparés de son esprit. Hans Brevik a écrit un testament fleuve, Mohamed Merah a déversé un flot continu de paroles incohérentes. Tenter de ne pas sous-estimer l'ennemi est une chose mais tentons aussi de ne pas le surestimer... On voit très bien les écueils vers lesquels nous emmènent les deux penchants.
L'instrumentalisation de ce fait-divers (car malgré tout ce qu'on peut en penser, on ne peut pas le qualifier autrement) par quelque bord que ce soit serait délétère. Pour parler de manière consensuelle, juifs et arabes (appelons-les comme ça puisque tout le monde nous y invite et puis ça prendrait des plombes si on voulait fiare preuve de précision et de nuance)sont égaux devant l'horreur. Des victimes juives et des victimes arabes sont tombées sous les mêmes balles et c'est très bien que les autorités musulmanes et les autorités juives se soient retrouvées, unies dans les mêmes défilés et dans la même condamnation ferme. Je saurais gré aux journalistes de ne pas répéter à toutes les phrases "Mohamed Merah" et d'user de substituts nominaux, pronominaux, périphrastiques pour le désigner. Cette répétition a quelque chose de malsain surtout quand on connaît l'appétence qu'ont les écoles de journalisme pour l'usage du dictionnaire des synonymes et pour le recours aux périphrases figées et aux catachrèses. Je saurais gré à Marine Le Pen de ne pas entrer dans un dialogue morbide avec le "tueur au scooter" en promettant de "mettre l'islamisme radical à genoux". Je saurais gré à M. Nicolas Sarkozy de ne pas profiter de l'émotion pour nous refourguer ses recettes sécuritaires et essayer de sauver une campagne qui s'engageait bien mal. Je saurais gré aux connards de tous poils de ne pas ériger ce dingue en héros d'on ne sait quelle cause ou en paradigme du danger qui nous mine de l'intérieur.
S'il est légitime de penser à la sécurité, il est aussi légitime de réfléchir à l'intégration. Il y a trois faces de l'intégration dans cette affaire. Il y a Mohamed Merah, né en France, sans conteste français et qui s'est vanté, nous rapporte-t-on avec délectation, d'avoir "mis la France à genoux". Il y a les soldats français "issus de la diversité" sans conteste possible français et qui combattent pour que la France se tienne debout et qui l'ont payé de leur vie même si c'est pas en situation de guerre (mais certains vous diront qu'on est en guerre intestine etc.). Et il y a le cas des écoles confessionnelles et communautaires qui proposent aussi un modèle d'intégration intermédiaire ou à l'anglo-saxonne. Quelque part et symboliquement Mohamed Merah s'est attaqué aux deux modèles d'intégration, même si ce n''était peut-être pas délibéré et conscient... Ces minorités visibles se retrouvent ainsi sous les feux croisés et nourris de tous les désaxés que la société peut compter. Ce qu'il faut surtout éviter c'est de les exposer davantage par des discours irresponsables qui les stigmatisent et les désignent pour de futures violences.
mercredi 21 mars 2012
Envoyez du bois, il ne vous en voudra pas
Sous la pesanteur écrasante de ce moment tellement
pétrifiant et accablant de ce que le monde peut nous offrir de pire, et parce
que le lectorat élargi de ce blog n’est finalement composé que de ses auteurs
(et encore, pas tous), je vais vous inviter par la présente diatribe à élever
le débat vers les cimes, nous menant à des préoccupations autrement
réjouissantes, rassurantes et familières.
Et quel autre sujet ne saurait plus nous aider à extraire
nos mornes pensées de ce climat navrant que celui des convictions les plus
intimement universelles, ponctuellement définitives et tristement euphorisantes
de votre serviteur favori? On se le demande.
La conviction optimiste du jour : Le monde va mal.
Oups, pardons, il est midi, les infos d’Inter polluent mon propos et altèrent
mes pensées et ma soif d’optimisme trop souvent encline a sombrer dans la
moiteur des limbes à la moindre écoute du mot « tueur d’enfant» quand,
bizarrement les mots « steak» , « plage» ou « polymorphe »
éveillent en moi le plus grand des enthousiasmes me faisant tressauter de mon
siège « Nominell », gloussant de plaisir, m’imaginant dans l’instant
pavlovien étouffé par le bonheur simple de jouir d'une vie faite de contentement,
d’autosatisfaction, de sexe, de jeux vidéos et de pizzas.
Bon, on pourrait aussi considérer que le fait que le monde
aille mal n’est pas une si mauvaise nouvelle…
(Ok, c’est pas l’euphorie comme théorie, et si je vous
plombe, je vous invite dès a présent à sauter sans la moindre culpabilité (pour
une fois qu’on peut sauter sans culpabiliser, ne vous privez pas) ce paragraphe
pour vous abandonner tous chakras ouverts dans le prochain qui est une
véritable tuerie –métaphoriquement parlant, hein- comme rarement vous en lirez
ici. )
Après tout, donc, avec un peu de chance, on en sera
rapidement débarrassé de ce monde nauséabond, et dans la foulée, nos problèmes
d’ongles incarnés, d’incompréhension de la règle du hors-jeu au water poney, de
nains amétropes agressifs ou de taille de voiture désavantageuse, ne seraient plus qu’un lointain
souvenir dispersé parmi des millions d’atomes plus trop soucieux de leur
condition, brutalement décoiffés par le souffle pestilentiel des deux milles
ogives nucléaires balayant leurs mornes angoisses égarées à l’instant même vers
des préoccupations aussi fondamentales que « c’est laquelle déjà la
11 ? NT1 ou W9 ».
La conviction optimiste du jour : le bois c’est
bien !
Si si, je vous assure, et ça devrait vous mettre en joie. Ne
soyez pas dubitatif (non, pas le salon de coiffure de mes rêve, mais cet air
méfiant, là).
Le bois, c’est bien vous dis-je.
Intrinsèquement, fondamentalement, à tous points de vue
(même par-derrière) et pour tous usages (essayez, vous serez surpris).
Ne dit-on pas d’ailleurs « envoyer du bois »,
« toucher du bois », « un bois vaut mieux que deux tu
l’auras » ou « tout vient au bois à qui sait attendre » voire « reprend un peu de bois-bandé mon chéri je suis chaude comme ta mère devant le catalogue des 3 suisses» ?
Voilà, démonstration est faite. Vous pourrez dès à présent
vous réjouir pour le reste de votre inutile existence grâce à cet humble
matériau qui nous entoure dans tous les moments de notre vie, tel un doudou
bienveillant, un ange omniprésent, une fée omnipotente, un nuage de tempérance.
Le bois, ce sont les quatre vertus cardinales pour le prix d’une
seule.
Des questions ?
samedi 17 mars 2012
De l'utilité de la formation politique
Quand on écoute, en béotiens, les discours de nos politiques, il y a de quoi être perplexe. Si on ajoute à cela nos journalistes qui ne font pas leur travail, on est carrément largués.
On est perdus pour deux raisons opposées:
Le pire c'est qu'ils le font tous extrêmement bien. Ils se sont entraînés de longues heures. On les imagine prendre des cours. On se les représente faisant des mines devant leur miroir pour éprouver l'efficacité de leurs mimiques. On les voit répétant leurs fiches des heures durant pour maîtriser les gros chiffres et les petits prix des tickets de métro. (D'ailleurs ce serait vraiment génial d'avoir des rush de ces moments off et de compiler sous forme de bêtisier les nombreuses conneries des mauvais élèves.) Bref tout chez eux sent le contrôle, l'étude et l'attitude compassée de l'élève récitant au tableau une fable longuement apprise. Rien n'est fait pour qu'on s'y retrouve.
Si l'on ajoute à cela que le but de chaque candidat est d'aller draguer presque individuellement chaque citoyen pour l'amener à le choisir, on se retrouve dans la position de la jeune jouvencelle trop courtisée et qui ne sait vers lequel de ses soupirants tourner son regard. Et pour ne rien arranger chacun connaît bien vos envies, vos besoins, vos désirs et jure de vous combler.
Du coup, on se fie à l'instinct, quelquefois aux "on dit". Bref on essaie de trouver le plus crédible. Sur quoi fonde-t-on cette "crédibilité"? C'est bien mystérieux. Rarement sur les programmes. Rarement en ayant pensé longuement, par nous-mêmes, le système dans lequel on voudrait vivre. Rarement enfin en ayant fait l'effort de rechercher une information complète et solide. Élections, piège à cons.
Cela m'amène à me demander s'il n'y a pas une crise de conscience politique ou de formation politique. La démocratie, pour qu'elle fonctionne, a besoin de gens "au courant". Des gens suffisamment formés pour comprendre ce qu'on leur raconte ou, mieux, de gens suffisamment au fait pour être capables de prendre part au pouvoir sans avoir à rougir. Quand je parle de formation, je ne parle pas forcément de l'éducation nationale mais de tous les partis, des syndicats, de la société civile. Il ne s'agit pas de discerner des Brevets de Citoyenneté mais de faire en sorte que chacun se sente armé pour choisir, pour comprendre et pour éviter qu'on le roule dans la farine. Au lieu de vouloir rendre l'élection obligatoire, on ferait mieux de rendre ce genre de formation obligatoire ou trouver des incitations, y compris financières, pour pousser les citoyens à être des citoyens accomplis.
Avant (ah! Avant!) l'engagement dans les partis politiques et dans les syndicats permettait au peuple d'être un peu familier avec ce monde étrange. Aujourd'hui tout fout le camp ma bonne Germaine et on se retrouve avec des gens qui confient leur formation politique à TF1. Du coup qu'on ne s'étonne pas. On aura les élections que l'on aura méritées.
C'était ma contribution à la campagne Bayrou-Villepin: une proposition pour une France/République solidaire.
On est perdus pour deux raisons opposées:
- soit ils nous bombardent de chiffres ou de mécanismes, avec lesquels même les économistes les plus savants sont bien emmerdés, pour montrer à quel point ils maîtrisent et à quel point on peut peut leur faire une confiance aveugle.
- soit ils tentent tente de nous amadouer en battant des cils et en tortillant du cul en espérant que cela suffira pour nous persuader.
Le pire c'est qu'ils le font tous extrêmement bien. Ils se sont entraînés de longues heures. On les imagine prendre des cours. On se les représente faisant des mines devant leur miroir pour éprouver l'efficacité de leurs mimiques. On les voit répétant leurs fiches des heures durant pour maîtriser les gros chiffres et les petits prix des tickets de métro. (D'ailleurs ce serait vraiment génial d'avoir des rush de ces moments off et de compiler sous forme de bêtisier les nombreuses conneries des mauvais élèves.) Bref tout chez eux sent le contrôle, l'étude et l'attitude compassée de l'élève récitant au tableau une fable longuement apprise. Rien n'est fait pour qu'on s'y retrouve.
Si l'on ajoute à cela que le but de chaque candidat est d'aller draguer presque individuellement chaque citoyen pour l'amener à le choisir, on se retrouve dans la position de la jeune jouvencelle trop courtisée et qui ne sait vers lequel de ses soupirants tourner son regard. Et pour ne rien arranger chacun connaît bien vos envies, vos besoins, vos désirs et jure de vous combler.
Du coup, on se fie à l'instinct, quelquefois aux "on dit". Bref on essaie de trouver le plus crédible. Sur quoi fonde-t-on cette "crédibilité"? C'est bien mystérieux. Rarement sur les programmes. Rarement en ayant pensé longuement, par nous-mêmes, le système dans lequel on voudrait vivre. Rarement enfin en ayant fait l'effort de rechercher une information complète et solide. Élections, piège à cons.
Cela m'amène à me demander s'il n'y a pas une crise de conscience politique ou de formation politique. La démocratie, pour qu'elle fonctionne, a besoin de gens "au courant". Des gens suffisamment formés pour comprendre ce qu'on leur raconte ou, mieux, de gens suffisamment au fait pour être capables de prendre part au pouvoir sans avoir à rougir. Quand je parle de formation, je ne parle pas forcément de l'éducation nationale mais de tous les partis, des syndicats, de la société civile. Il ne s'agit pas de discerner des Brevets de Citoyenneté mais de faire en sorte que chacun se sente armé pour choisir, pour comprendre et pour éviter qu'on le roule dans la farine. Au lieu de vouloir rendre l'élection obligatoire, on ferait mieux de rendre ce genre de formation obligatoire ou trouver des incitations, y compris financières, pour pousser les citoyens à être des citoyens accomplis.
Avant (ah! Avant!) l'engagement dans les partis politiques et dans les syndicats permettait au peuple d'être un peu familier avec ce monde étrange. Aujourd'hui tout fout le camp ma bonne Germaine et on se retrouve avec des gens qui confient leur formation politique à TF1. Du coup qu'on ne s'étonne pas. On aura les élections que l'on aura méritées.
C'était ma contribution à la campagne Bayrou-Villepin: une proposition pour une France/République solidaire.
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