mardi 28 février 2012

J'habite Facebook


Un ami Tunisien me disait que dans son pays « la nouvelle génération » n'habitait pas la Tunisie mais habitait internet. Cette idée me plaît et me semble assez vraie. Et elle d'autant plus vraie dans des pays sous régime dictatorial. Je sais pas comment c'est actuellement mais dans mon souvenir c'était pas le sommet du festif sous Ben Ali, et ce, même dans des endroits touristiques et à des périodes estivales... Le net devient un endroit plus qu'un outil ; un endroit où l'on peut être en contact avec l'extérieur, où l'on peut se rencontrer à l'abri des regards indiscrets et parler de tout y compris de Révolution. Le net a peut-être créé en peu de temps une culture autonome. C'est du moins ce que j'ai entendu dans ses propos. Le pouvoir est peut-être mort d'avoir sous-estimé la force de frappe du net et de tous les outils qu'il offre.

Il me disait aussi que ces jeunes il ne les comprenait pas parce qu'ils avaient la fâcheuse tendance à brouiller les pistes. Il en voyait venir prier à la mosquée en pantalon baggy tombant et dévoilant une impudique raie à chaque fois qu'ils se prosternaient. En sortant, il les voyait aller flirter ostensiblement ou encore aller manifester en démolissant tout. Pour finir ils retournaient tranquillement à la faculté pour poursuivre leurs études. Bien sûr, le paradoxe et la contradiction n'apparaît que si l'on se place du point de vue de la plus pure orthodoxie religieuse, sinon on se dit que ce sont des jeunes gens tout à fait normaux et modernes. La modernité est à percevoir comme la capacité à capter et assumer toutes les identités, toutes les influences et le tout dans une grande décontraction. Et il me disait tout cela avec un mélange d'admiration et de crainte devant l’émergence de ce nouveau type de jeune maghrébin.

J'aurais pu lui objecter que le net n'avait rien à voir là dedans et que la diaspora tunisienne avait avait pu rapporter un nouveau mode de vie et précipiter les changements qu'il décrivait ; que le tourisme aussi avait précipité le contact entre les jeunes tunisiens et le reste du monde... mais à quoi bon, je n'y crois qu'à moitié. Je vois bien cette jeunesse connectée en permanence... Par contre il ne faut pas trop fantasmer : le net n'est qu'un tuyau. Pendant que certains sont connectés sur Youporn, d'autres doivent être sur « Djihad et moules frites » et ceci n'empêche pas les premiers de passer, d'un clic, du premier site vers le deuxième : tout assumer concomitamment et avec naturel.

Le souci pour lui c'est que ces jeunes, on ne peut plus les arrêter. Il est content qu'ils aient fait la Révolution mais maintenant ce serait bien qu'ils rentrent sagement chez eux. Les adultes vont s'occuper du reste. Sauf que voilà, comme ils ne semblent pas prêts à obéir et semblent insatiables. Et comment discuter avec eux puisqu'on ne les comprend plus. Ils ne sont plus de chez nous et rejettent en bloc tous nos cadres, voire toutes nos traditions. Du hors sol made in Tunisia. En somme un pays un pays qui redécouvre la jeunesse qu'il avait mise sous serre et qui doit dorénavant composer avec elle.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Je confirme, la tunisie sous ben ali ça craignait. A 10 heures, tt le monde au lit. Je suis sur qu en coree du nord on fait plus la fete, il y a moins d affiche du parti unique dans les bars, et moins de controles de police sur la route... Ataru

Roots and Herbs a dit…

Ouais, tout est dans tout et son contraire quoi...

Le bougnat a dit…

Ah le grand traumatisme d'Ataru!


@Herbs
Heu ouais sûrement.