samedi 28 avril 2012

Premier tour


Tout le monde l'a trouvé étrange. Et c'est vrai qu'il était étrange. Pas tant pour son look, son caractère et son positionnement que par les commentaires qu'il ne cessait de faire sur son propre discours, du méta-discours, en somme.

D'autres hommes politiques commentent, aussi, ce qu'ils font et sont souvent invités, par les journalistes, à commenter ce qu'ils ont dit; mais aucun ne le fait sur ce mode-là. Il n'y a que Poutou qui soit dans un auto-dénigrement permanent. "Je sais que ma campagne ne vaut pas un clou". "Je sais que mes idées ne sont partagées par personne et qu'elles font peur à beaucoup et moi-même, d'ailleurs, j'ai quelquefois du mal avec ce que je dis." Et vous pouvez multiplier à l'envi. Alors quoi? Pourquoi voter pour quelqu'un qui ne croit même à ce qu'il énonce? Bien sûr, je suis dans la caricature mais je suis sûr que beaucoup se sont posé cette question.

L'honnêteté, voilà ce que c'est. Un excès d'honnêteté. Et aussi des scrupules à vendre du rêve, à peu de frais. Ce qu'il défendait, il savait que ça n'avait pas de grandes chances d'être appliqué, dans l'immédiat, et il était assez réaliste pour savoir que sa candidature n'avait que peu de chances de recueillir assez de suffrages pour lui ouvrir la voie de l'Elysée... Mais il n'avait pas le droit de le dire. 

Un complexe d'infériorité. Et un gros. Comme un gosse qui met ses mains en opposition au moindre mouvement. Il devançait toutes les critiques. Il devançait même celle qui n'existaient pas. Il ne se sentait pas légitime et on manquait pas de le lui rappeler qu'il n'était pas à sa place. Trop pauvre, trop inculte, trop ouvrier. Manque de confiance et d'expérience. 

Au delà de ses propres commentaires, il y avait aussi ce sourire permanent. On aurait pu le croire narquois mais il n'était dirigé contre personne. Contre lui-même. Ce n'était pas un sourire formaté, construit et de circonstance mais sourire de gêne, incontrôlé, un sourire de timide et de vaincu. 

On avait l'impression que les copains avaient envie de lui faire une farce et l'avaient envoyé là pour se marrer un coup. D'ailleurs il en parlait beaucoup de ses potes pendant les interviews. Une bande de potes qui avaient envie de se marrer. Le message semblait être si vous aussi vous avez envie de vous marrer un coup, votez pour moi. Le premier tour n'est-il pas fait pour ça? 

D'ailleurs je suis sûr que beaucoup ont regretté que le représentant du vol yogi ou que la pute du parti du plaisir ne soient pas représentés. Ils se sont à peine consolés avec Cheminade car il a un look et un discours d'énarque. Et même si tout le monde a découvert que c'était une façade et que cette allure de premier de la classe cachait, en fait, un gros déconneur, on est resté sur notre faim. 

Au premier tour beaucoup votent pour de faux, en quelque sorte. Vote de témoignage, de protestation, de refus du vote... Un vote adolescent et potache avant de rentrer dans le rang. Le T-shirt du Ché avant le costard cravate et l'attaché-case. Mais chacun garde un oeil inquiet sur le score des favoris, on veut bien déconner mais on ne veut pas oblitérer l'avenir. 

D'ailleurs les candidats eux-mêmes semblent connaître les règles du jeu. On fait quelques voix mais pas au point de mettre à mal le deuxième tour. Et malheur à celui par qui la défaite de son camp arriverait. Mélenchon a eu chaud. Imaginez, il est au deuxième tour. C'est mort. Il ne passe pas et Sarkozy est réélu triomphalement. Pire, imaginez qu'il prenne des voix à Hollande et que Le Pen soit au deuxième tour... Sarkozy passe et chacun de crier à la dispersion des voix à gauche au lieu de battre leur coulpe. 

Du coup, là, le scénario est parfait. Chacun a joué sa partition et l'ordre cosmique n'a, encore une fois, pas été  troublé. 

On parle beaucoup de ce phénomène à gauche mais je suis aussi certain que beaucoup votent Le Pen sans espérer la voir gagner et gouverner. Combien sont-ils ceux qui sont réellement convaincus que ce serait un bénéfice pour la France de la voir accéder au pouvoir? Ce qui est sûr en tout cas c'est qu'elle n'est pas comme son père qui faisait du Poutou avant la lettre et qu'elle a envie d'accéder au pouvoir et c'est en cela qu'elle est dangereuse pour la droite classique. Qu'ils fassent gaffe les gros déconneurs qui votent Le Pen sans y prendre garde, juste comme ça, pour essayer ou pour faire chier, juste un peu, sans que ça ait réellement de conséquences. Voter peut nuire à la démocratie, des fois. 

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Globalement d'accord, mais ça dépasse la question du premier et deuxième tour... même les système à la proportionnel avec vote à un tour ont l'équivalent du parti du plaisir (putain, ciciolina a été députée!) ou des légalisateurs de la Marihuana. Et effectivement, quand ça devient sérieux, ces partis ont tendance à baisser. Mais bon, aux dernières élections en Espagne il y avait encore 50 partis inscrits : http://resultados.elpais.com/elecciones/generales.html

Ataru

Axelle Raide a dit…

Je trouve que l'efficience se dilue dans la quantité quand même. Faire de toute idée un parti, a quoi bon?

Anonyme a dit…

Sans compter les petits partis à moitié téléguidés ou du moins encouragés par les adversaires des gros... c'est s^r que la droite à tout intérêt à laisser que les légalisateurs de Marihuan se présentent, et même son de cloche pour la gauche et les chasseurs...

Le bougnat a dit…

Le scrutin majoritaire à deux tours renforce l'idée que ça n'a pas de conséquences ce que l'on vote au premier et que c'est pour de faux. Quand on est dans :une proportionnelle pure, la responsabilité est plus grande et le vote d'adhésion aussi. Ce qui n'exclut bien sûr pas les votes de protestation etc.

La présidentielle met sur les rangs des gens qui savent pertinemment qu'ils n'ont pas l'ombre d'une chance mais qui doivent faire comme si...

Pour ce qui est des petits partis téléguidés, on en est quand même bien revenu et l'ambiance est plus à l'unité dès le premier tour. Regardez le nombre de candidats à droite a littéralement fondu parce que Sarkozy avait peur de ne pas être au deuxième tour.

La multiplication des partis n'a pas de sens dans le système actuel mais dans une démocratie réellement représentative ça peut avoir un sens. Traduire toutes les sensibilités et leur donner une visibilité ça reste quand même important. Le temps où un homme dicte ce qui est digne d'être porté dans le champ politique ou non devrait être révolu.

Axelle Raide a dit…

Je pense que rien ne vaut une bonne dictature!
Non, plus sérieusement, c'est débile dans ce contexte mais meme dans un autre, pfff... Je suis réservée. On peut pas non plus tout répercuter.
Confier à des mecs des responsabilités pour gérer efficacement me parait bien. C'est juste qu'il y a grand besoin d'éthique dans la pratique de ces fonctions. Car là, depuis Louis XVI, ça n'a changé presque qu'en apparence. Si les dirigeants de notre pays se comportaient en simples employés de l'Etat, comme en Scandinavie où ils se paient leur voiture, leur logement, leur ticket de cantine. Je suis pas trop pour solliciter des avis populaires toutes les 5 minutes. Et là, appelez moi nazie, c'est cadeau!

Le bougnat a dit…

La question de la pompe et de l'apparat c'est encore autre chose même si on peut considérer que les gens recherchent encore aujourd'hui quelqu'un qui aurait l'étoffe monarchique voire même l'essence monarchique et la lignée qui va avec... Les présidents deviendront économes et tempérants quand le peuple aura fait le deuil de la grandeur de la France éternelle etc.


La délégation oui mais dans l'intérêt général et avec le contrôle démocratique. Il est ahurissant que Sarkozy ne soit pas comptable de son bilan devant le peuple et qu'il n'y ait aucun contrôle véritable sur ses agissements passés et présents. Pire, il n'est même pas comptable de fait judiciairement répréhensibles... Ceci ne serait certainement pas possible dans un système moins verrouillé par une caste justement de gestionnaires qui de droite comme de gauche a intérêt à ce que le système perdure. Le pluralisme réel est le seul garant contre la mainmise sur le pouvoir et les institutions par quelques uns.

Axelle Raide a dit…

Ça y est, j'en ai marre de parler politique, driiiing!!! :D

Le bougnat a dit…

Hé ouais, t'as cru quoi? On est pas sur facebook ici.

Axelle Raide a dit…

Pfffff