lundi 26 mars 2012

Et qu'on n'en parle plus...

Autant le dire en préambule: j'ai été secoué... Du coup, je ne voulais pas écrire sous le coup de l'émotion. Et puis qu'avais-je à partager mis à part a stupéfaction et mon désarroi? Les choses ne sont pas claires encore et le débat n'arrangera rien mais on peut déjà poser un certain nombre de choses...

Comme beaucoup, j'ai prié... J'espérais secrètement que ce serait un gars d'extrême droite et la piste des néo-nazis de Montauban m'avait fait croire à cette thèse. Peu importe me direz-vous... Mais il importe bien plus que vous ne sauriez l'imaginer. Un acte d’extrême droite c'était l'assurance de l'unité nationale, de la marginalisation des idées fascisantes et de la victoire certaine de la gauche à l'élection présidentielle au moins pour trois quinquennats... Un acte d'extrême droite aurait été imputé au climat social, politique, idéologique de l'époque. Allez savoir pourquoi, un acte qui se réclame de près ou de loin de l'Islam est imputé à la gauche iréniste, aux arabes fanatiques et à l'islam organiquement porté vers le meurtre. Un acte d’extrême droite est le fait de loups solitaires isolés et désaxés, un crime perpétré par un islamiste est le fruit d'une organisation internationale à la logistique sophistiquée, à de longues heures d'endoctrinement savant et à un plan concerté de longue date pour en finir avec notre Civilisation. Vous comprenez pourquoi j'ai prié.

La thèse de l'acte dément est claire même si elle peut se superposer à celle d'une instrumentalisation de cette faiblesse psychologique. S'il n'y avait pas eu la tuerie d'Ozar Atorah, tout aurait été plus simple. L'antisémitisme ne nous aide pas à y voir clair. Au milieu du salmigondis proféré par le tueur, il y a quelque chose qui me semble digne de foi: le meurtre des enfants n'était pas dans ses projets initiaux. Certes, cela ne ramènera pas les enfants, malheureusement, et cela ne soulagera pas non plus le chagrin des familles. Pire, le caractère gratuit et fortuit ajoute à l'horreur. J'ai manqué ma cible mais qu'à cela ne tienne, il y a toujours des enfants juifs sans défense pour ne pas perdre complètement ma journée. L'horreur! J'ajouterais aussi volontiers foi au fait qu'il prenait du plaisir à tuer. Biberonné, paraît-il, au jeux FPS et aux scènes de décapitation sur le net, vouant un culte plus grand à la Violence qu'à n'importe quel dieu, il a le profil de beaucoup de jeunes pour le coup qui peuplent notre beau pays. Il n'a pas pu trouver de débouché "légal" à toute cette violence puisque la Légion étrangère n'a pas voulu de lui. La Légion est d'ailleurs symptômatique de cet imaginaire viril-violent. Si on ajoute à cela les désordres de tous ordres qu'il a subis (délinquance, prison, hôpital psychiatrique, tentative de suicide par pendaison etc.) on a un cocktail détonnant... Son but c'était les militaires et les forces de l'ordre. Et il comptait bien reprendre son travail méthodique après cette "parenthèse". On peut même affiner et dire que son but initial c'était les militaires originaires du Maghreb. Pourquoi? J'oserais une hypothèse... Il est d'origine algérienne, son père est reparti en Algérie, on est en pleine commémoration des accords d'Evian, le problème des harkis a été remis sur le devant de la scène... Il y a de quoi enclencher le passage à l'acte dans un esprit embrumé. Il va tuer des arabes supplétifs, enrôlés dans l'armée ennemie, logique. Alors après je ne vais pas faire de hiérarchie et dire qu'il était plus anti-harkis qu'anti-juif... Ce serait débile et indigne. Il était sans aucun conteste les deux... et surtout fou. Ce qui est tout aussi idiot c'est, justement, de chercher une cohérence idéologique dans tout ce qu'il a dit. Certains pensent qu'il voulait brouiller les pistes et lui prêtent une intelligence qu'il n'a peut-être pas. Il déverse tout comme son homologue Hans Brevik un embrouillamini idéologique qui ne traduit que la folie mêlée au stress et à la panique qui se sont emparés de son esprit. Hans Brevik a écrit un testament fleuve, Mohamed Merah a déversé un flot continu de paroles incohérentes. Tenter de ne pas sous-estimer l'ennemi est une chose mais tentons aussi de ne pas le surestimer... On voit très bien les écueils vers lesquels nous emmènent les deux penchants.

L'instrumentalisation de ce fait-divers (car malgré tout ce qu'on peut en penser, on ne peut pas le qualifier autrement) par quelque bord que ce soit serait délétère. Pour parler de manière consensuelle, juifs et arabes (appelons-les comme ça puisque tout le monde nous y invite et puis ça prendrait des plombes si on voulait fiare preuve de précision et de nuance)sont égaux devant l'horreur. Des victimes juives et des victimes arabes sont tombées sous les mêmes balles et c'est très bien que les autorités musulmanes et les autorités juives se soient retrouvées, unies dans les mêmes défilés et dans la même condamnation ferme. Je saurais gré aux journalistes de ne pas répéter à toutes les phrases "Mohamed Merah" et d'user de substituts nominaux, pronominaux, périphrastiques pour le désigner. Cette répétition a quelque chose de malsain surtout quand on connaît l'appétence qu'ont les écoles de journalisme pour l'usage du dictionnaire des synonymes et pour le recours aux périphrases figées et aux catachrèses. Je saurais gré à Marine Le Pen de ne pas entrer dans un dialogue morbide avec le "tueur au scooter" en promettant de "mettre l'islamisme radical à genoux". Je saurais gré à M. Nicolas Sarkozy de ne pas profiter de l'émotion pour nous refourguer ses recettes sécuritaires et essayer de sauver une campagne qui s'engageait bien mal. Je saurais gré aux connards de tous poils de ne pas ériger ce dingue en héros d'on ne sait quelle cause ou en paradigme du danger qui nous mine de l'intérieur.

S'il est légitime de penser à la sécurité, il est aussi légitime de réfléchir à l'intégration. Il y a trois faces de l'intégration dans cette affaire. Il y a Mohamed Merah, né en France, sans conteste français et qui s'est vanté, nous rapporte-t-on avec délectation, d'avoir "mis la France à genoux". Il y a les soldats français "issus de la diversité" sans conteste possible français et qui combattent pour que la France se tienne debout et qui l'ont payé de leur vie même si c'est pas en situation de guerre (mais certains vous diront qu'on est en guerre intestine etc.). Et il y a le cas des écoles confessionnelles et communautaires qui proposent aussi un modèle d'intégration intermédiaire ou à l'anglo-saxonne. Quelque part et symboliquement Mohamed Merah s'est attaqué aux deux modèles d'intégration, même si ce n''était peut-être pas délibéré et conscient... Ces minorités visibles se retrouvent ainsi sous les feux croisés et nourris de tous les désaxés que la société peut compter. Ce qu'il faut surtout éviter c'est de les exposer davantage par des discours irresponsables qui les stigmatisent et les désignent pour de futures violences.

6 commentaires:

Le nihiliste a dit…

clap clap clap

Anonyme a dit…

Comme je le disais récemment j'ai toujours trouvé les choix de titres de la presse gros et orientés. C'est toujours la meme histoire. A titre de (douloureuse) anecdote, Merah avait plus d'une vingtaine d'homonymes en France qui n'ont pas fini d'en baver...
Après on ne peut réécrire l'histoire ou en choisir les acteurs. Le reste est entre les mains de l'opinion publique. Ou des opinions, plutôt, car la palette est large.

Ataru a dit…

petite larme à l'oeil ;)

Le bougnat a dit…

http://www.humanite.fr/politique/affaire-merah-sarkozy-suit-le-pen-dans-ses-derapages-493209


Nom de Zeus, j'avais pas eu le temps de voir les dernières déclarations. Pffff. Affligeant...

Le bougnat a dit…

Cette affaire pue... Guerre des services ou vraie affaire bien crade?...
http://www.ladepeche.fr/article/2012/03/27/1316372-les-considerations-mediatiques-l-ont-emporte-sur-tout-le-reste.html

Le rageux a dit…

On se perd en conjectures...ou alors la réalité est-elle trop simple pour qu'on y croit ?

J'ai tendance à être optimiste et à me dire que si une merde doit sortir, elle sortira...