lundi 14 mai 2012

happy birthday ! (1/2)

Et ce jour là, le petit cadet de la scène politique espagnole, une erreur non programmée, accouchée par surprise et dans la précipitation, célébra son premier anniversaire. Et alors qu'un prix Nobel d'économie prévoyait la sortie immédiate de la Grèce de l'Euro et un corralito (impossibilité du jour au lendemain de retirer de l'argent) en Italie et en Espagne, pour empêcher la fuite des capitaux, les rues et les places furent à nouveau le terrain de jeux de ce mélange indéfinissable de mouvements politiques, citoyens, bisounours, radicaux et new age qu'est le 15M, l'appellation espagnole des Indignés. 

Il faut avouer que la place avait bien été chauffée pour que  la fête soit un grand succès. En quelques mois de gouvernement, Rajoy a réussi à ne pas tenir une seule de ses promesses électorales (Il parait que certains croyaient vraiment qu'il n'allait pas toucher aux retraites, éducation, TVA, impôts, licenciement, etc.). Et tout ça, pour se retrouver avec une prévision de 27 % de chômage en 2013. Mais c'est surtout le sauvetage de Bankia, la semaine dernière, qui a embrasé les foules. Bankia, le symbole de la bonne gestion de la droite espagnole, ancienne caisse publique, privatisée l'année dernière, avec à sa tête le flamboyant ancien ministre d'Aznar et directeur du FMI, Rodrigo Rato, se retrouve à quémander 35 milliards pour survivre. Et au gouvernement de s'exécuter avec promptitude. 

Rajoutons que la presse nous a bassiné pendant des semaines sur les préparatifs de cette birthday party, soit parce que c'est un sujet vendeur, soit parce que, comme vous expliqueraient les groupuscules crypto-trotsko-staliniens, c'est la CIA qui est derrière les indignés, le résultat c'était ça :




Alors les chiffres, parce que c'est important les chiffres, ils décident, tel le pouce de l'empereur, de la mort ou de la survie d'un mouvement : 50 000 personnes à Barcelone d'après la police. 300 000 d'après les organisateurs. C'est honnête, surtout si on pense qu'il s'agit à 90 % de jeunes entre 15 et 30 ans.  Et comme il est beaucoup question de bilans du 15 M ces jours-ci, on pointera un premier point positif : cette jeunesse espagnole massivement abrutie par les drogues et l'alcool, qui a eu la mauvaise ou la bonne chance de naître dans la cour de récréation de l'Europe, se reconnait là-dedans. C'est la première fois qu'ils se bougent le cul en 30 ans, depuis qu'Almodovar et la Movida ont érigé la frivolité en idéologie pour en finir avec l'ultrapolitisation et les clivages des premières années de la démocratie. 

Le reste du bilan est plus mitigé. Pour les hypothèques, par exemple, Ils arborent fièrement les 250 expulsions arrêtées en un an, c'est pas bien lourd face aux dizaines de milliers d'expulsions effectives. Et c'est bien beau de répéter constamment, qu'ils travaillent, qu'ils posent les bases d'un mouvement profond, ancré dans les quartiers et tout ça, de temps en temps on aimerait savoir où ils en sont. Menacés d'oubli, s'entredéchirant en interne, nourrissant la suspicion de la classe politique, qui les voit comme des gentils rigolos d'extrême gauche, et la suspicion de l'extrême gauche, qui les voit comme un divertissement bisounours-happening qui détourne la classe ouvrière des vrais problèmes, ce qui restait des structures issues du printemps derniers avait bien conscience qu'il leur fallait un bon coup de projecteur pour montrer que si si, ils travaillaient activement pour l'imminente (r)évolution globale.  

Et ça a été un succès. Pouvaient-ils espérer un scénario plus favorable? Tandis qu'à Barcelone la Mairie autorisait un campement pour quatre jours, leur permettant de recréer (un peu artificiellement, il faut l'avouer) l'ambiance de débats et dialogue du printemps dernier, et de prendre le micro en plein centre ville pour exhiber les initiatives qu'ils portaient (audit citoyen, IPL, etc, j'y reviendrai), à Madrid, une circulaire obligeait la manifestation à se dissoudre à 22 heures, refus qui a du provoquer des puissantes érections chez les responsables du 15M, imaginant une résistance pacifique homérique et une violence policière déchaînée qui provoquerait le grand mouvement de foule épidermique dont ils ont besoin pour revenir vraiment sur le devant de la scène. Finalement, une fois n'est pas coutume, la police a été plus intelligente, et a délogé les quelques centaines de fêtards éméchés qui restaient sur la place à 4h30 heures du matin (j'ai pu voir ça en streaming en revenant de boîte, c'est quand même formidable le XXIe siècle), au lieu de le faire en plein jour comme à Barcelone l'année dernière. Il y a évidemment eu un peu de tension, mais rien de très spectaculaire, et les cris d'indignation qu'on entendait aujourd'hui n'ont pas vraiment pris, ils avaient quelque chose de tristement convenu, qui faisait rentrer le 15M dans les jeux des calculs et de l'affectation surjouée qui rend le spectacle politique si prévisiblement chiant. 

Petite paranthèse pour fermer cette introduction : il est clair que la police, quand elle veut faire clean et efficace, elle peut. Or la grève étudiante de février et la grève générale de mars ont fini en bataille rangée. Hier, par contre, c'était bisounous land. Les trotskos expliqueraient qu'on tente de rediriger le mécontentement vers des formes d'expression plus innofensives. On aura un élément de réponse dans 10 jours, avec ce qu'on prévoit être la plus grande grève dans l'éducation qu'ait connu le pays, de la maternelle à l'université.

Et après cette mise en contexte, promis je reviens cette semaine avec un recit plus en mode "moi j'y étais", avec photo et tout et tout.


3 commentaires:

Le bougnat a dit…

Bankia: haz te bankero.

Le bougnat a dit…

C'est clair que la police espagnole a dû prendre des cours de gestion de crise accélérés. La France d'ailleurs a dû proposer son expertise et son aide comme elle l'avait fait avec Ben Ali avant le débordement final.

Anonyme a dit…

je viens de lire les déclarations de l'équivalent du préfet à Madrid. À mon avis tout est calculé : elle voulait surtout aucune bavure, pour pouvoir attaquer en même temps les socialistes (regardez comme c'etait le bordel l'année dernière ) et l'aile droite du Parti Populaire, incarnée par la lideresse Esperanza Aguirre, qui l'a accusée d'être trop mole pour avoir autorisé le rassemblement. Ce à quoi la préfète à répondu qu'elle n'était ni molle ni dure, elle appliquait juste la Loi.

Pour les grèves c'est une autre histoire, ils cherchent manifestement l'affrontement pour casser les mouvements...

Ataru